Les derniers sondages du 11 septembre pour élections au parlement régional et aux douze assemblées d’arrondissement de Berlin, qui se tiendront dimanche 20 septembre donnent 23% pour Die Linke, 21% pour la CDU, 17% pour l’AfD, 16% pour les Verts et 10% pour le SPD. Le corps électoral de Berlin compte 2,5 millions de personnes.
Celles du Mecklenbourg-Poméranie (1,3 million d’électrices et d’électeurs) sont prévues le même jour. Ici, les derniers sondages donnent l’AfD à 37%, le SPD à 34%, di Linke à 10% et la CDU à 7%. Enfin, les résultats en Saxe-Anhalt (1,7 million d’électrices et d’électeurs) sont tombés le 6 septembre dernier, avec un score définitif de 43,8% pour l’AfD, 17,2% pour la CDU, 9,3% pour le SPD, 8,9% pour les Verts, 8,6% pour die Linke et 5,3% pour le BSW de Sarah Wagenknecht (Marx21.ch)
L’automne prochain sera marqué par une forte polarisation électorale : selon les sondages, l’AfD devrait sortir vainqueur des élections régionales en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie occidentale, voire remporter la majorité absolue. Les élections à la Chambre des députés de Berlin, en revanche, pourraient faire de Die Linke le premier parti, la CDU, le SPD, l’AfD, les Verts et Die Linke se bousculant dans un peloton intermédiaire compris entre 16 et 22 % (au 25 août) ; le SPD fermant la marche. Dans le même temps, les syndicats et les mouvements sociaux se mobilisent contre les attaques les plus violentes menées par le gouvernement et le capital contre les acquis de l’État-providence depuis la création de la RFA.

Si l’on considère les armes déployées tant à droite qu’à gauche — et susceptibles d’être utilisées — on ne peut s’empêcher de penser que l’enjeu est de taille, que les partis concernés en soient conscients ou non. En d’autres termes, l’issue de cette épreuve de force sociale et politique, qui se joue à de nombreux niveaux différents, va avoir une influence durable sur les rapports de forces à venir entre le capital et le travail et déterminera également s’il est encore possible ou non de freiner l’AfD.
Les espoirs reposent bien sûr sur une mobilisation sociale massive contre les mesures sociales inacceptables prévues cet automne et sur une victoire électorale de Die Linke à Berlin. Celle-ci est loin d’être acquise. Mais supposons que Die Linke devienne effectivement le premier parti : que pourrait-elle réellement accomplir avec environ 20 % des voix [les derniers sondages la donnent à 23%, NDT] et face à un front de partis qui ne ferait que lui mettre des bâtons dans les roues, ouvertement ou en coulisses ?
Une victoire écrasante ressemblerait à autre chose — en effet, on ne peut pas comparer le résultat attendu à celui de Zohran Mamdani à New York : celui-ci a remporté l’élection du 4 novembre 2025 avec 50,7 % des voix et une avance de 10 points de pourcentage sur le conservateur Andrew Cuomo.

Je sais, beaucoup de gens ont maintenant peur, ici aussi à Berlin.
Mais le cours de l’histoire n’est pas fixé. Nous pouvons stopper
la poussée à droite. Nous allons gagner Berlin (Elif Eralp,
candidate de die Linke à la mairie-gouvernement de Berlin)
Le programme électoral
Le programme électoral sur lequel se présente Die Linke est séduisant et cohérent. Il développe la vision d’un Berlin social et résilient face au changement climatique, dans lequel les atouts économiques de la ville — technologies de l’information et de la communication, économie numérique et créative, secteur de la santé, industries de l’énergie et des transports — sont mis au service d’une transition écologique et où la population urbaine est systématiquement impliquée dans les processus décisionnels.
« Social » signifie ici : socialisation, application des conventions collectives, emplois de qualité, bons salaires — y compris dans la fonction publique — allègement de la charge financière des ménages les plus modestes. Ce programme serait certainement applicable sous certaines conditions même dans le cadre du capitalisme, mais certainement pas dans son intégralité sous le capitalisme néolibéral, et encore moins face à la redistribution croissante des ressources du bas vers le haut que le gouvernement et le capital sont en train de préparer. Le parti ne pourra donc pas éviter de se préparer à des épreuves de force et de prendre des dispositions pour y survivre.
On en voit toutefois peu de traces dans la campagne électorale berlinoise. Le programme électoral compte 333 pages – un véritable livre. Pour qui a-t-il été écrit ? Pour son propre parti, afin de répondre à toutes les sensibilités ? Sur le site web de Die Linke, il est réduit au slogan : « Rendre Berlin abordable ». Avec trois précisions : « Mettre fin à l’exploitation des locataires » (par l’expropriation des groupes immobiliers et un plafonnement des loyers) ; « Baisser les prix des bus et des trains » (ticket social à 9 euros) ; « Mettre fin au chaos des déchets » (collecte gratuite des encombrants). Nouveau développement urbain ? Résilience climatique ? Transformation écologique ? Rien de tout cela.
Le parti devra toutefois se battre dès le départ, à l’occasion de l’adoption de la loi citoyenne sur l’expropriation des groupes immobiliers.

Le lobby immobilier et le gouvernement fédéral font bloc contre la mise en œuvre de l’initiative « Exproprier Deutsche Wohnen & Co. ». Mais si nous nous unissons, nous sommes plus forts. Pour que le référendum soit enfin mis en œuvre, que les loyers abusifs soient stoppés et que le logement redevienne abordable pour toutes et tous, il faut maintenant exercer une très forte pression — dans les quartiers, dans les parlements et dans la rue. Les grands groupes immobiliers ne céderont rien de leur plein gré. Pas touche au référendum ! Venez participer à la grande manifestation pour la baisse des loyers devant le Rotes Rathaus
Des projets phares réels et possibles
Comme personne ne souhaite former une coalition avec l’AfD, il n’y aura que deux coalitions gouvernementales possibles (le FDP et le BSW se situent actuellement à 3 %) : le SPD et les Verts, soit avec la CDU, soit avec Die Linke. Le candidat du SPD a déjà fait savoir qu’il n’était pas disposé à soutenir l’expropriation des groupes immobiliers. Die Linke maintiendra-t-elle sa position selon laquelle une coalition avec elle n’est envisageable que si la socialisation est mise en œuvre ? Si elle ne le fait pas, elle aura compromis son avenir politique dans la ville pour les années à venir. À l’inverse, elle peut tirer des oppositions au sein du SPD un fort potentiel de mobilisation, qui plongera ce dernier dans une crise interne.
Un deuxième projet phare, qui constitue un puissant facteur de mobilisation dans la ville, serait la politique des transports. Le ticket social à 9 euros s’adresse toutefois à un cercle trop restreint de personnes. Une limitation de vitesse à 30 km/h, associée à des zones piétonnes et à une circulation réduite, ainsi qu’à un développement massif des transports publics, bénéficierait du soutien d’une grande partie de la population urbaine et constituerait également un facteur de mobilisation, car la CDU et l’AfD s’y opposeraient farouchement.
Mais Die Linke ne semble manifestement pas vouloir s’engager dans cette voie. Son esprit combatif reste très limité ; elle préfère se profiler comme un parti soucieux du bien-être de ses concitoyen·nes. Dans la ville tranquille de Graz, l’engagement en faveur d’un logement abordable suffit peut-être non seulement pour devenir le premier parti, mais aussi pour le rester. À Berlin, ville rebelle qui connaît chaque année un afflux considérable de personnes âgées de 25 à 40 ans, ce qui en fait le deuxième Land le plus jeune d’Allemagne et la ville affichant la plus forte croissance démographique de l’espace germanophone, cela ne suffit pas.

Tu veux faire campagne de porte-à-porte pour une capitale antiraciste — de préférence avec d’autres personnes issues de l’immigration ? Alors tu es au bon endroit !
Le 20 septembre, les Berlinoises et les Berlinois éliront le prochain gouvernement de Berlin. 🔥 Si nous sommes nombreux et nombreuses à nous mobiliser, notre candidate Elif Eralp, de Die Linke, pourrait remporter cette élection — et devenir la première femme issue de l’immigration à la tête de Berlin. 🔥
Alors que tout le pays bascule vers la droite et qu’en Saxe-Anhalt, début septembre, un parti d’extrême droite pourrait pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale accéder au pouvoir, Berlin peut devenir une lumière dans les ténèbres : une capitale antiraciste pour toutes et tous. 🌟
Tu veux toi aussi participer, mais tu n’as peut-être pas beaucoup d’expérience dans le porte-à-porte électoral ? Ou peut-être te sens-tu plus à l’aise avec d’autres personnes issues de l’immigration ? Lors de nos journées d’action « Migras Mobilize », nous allons ensemble frapper aux portes : des formations sont prévues, ainsi qu’un soutien mutuel et des espaces pour faire connaissance et créer des réseaux.
✊ Rejoins-nous, reste informé·e et mets-toi en réseau : rejoins notre groupe Telegram.
Ces jeunes nouveaux arrivants constituent le noyau dur de la scène des start-ups. Ils se heurtent aux structures de pouvoir et d’autogestion des habitants de longue date ; ils veulent des perspectives d’ascension sociale et une autre culture politique. C’est ce milieu que Die Linke devrait cibler pour donner un élan à un autre modèle de développement urbain. On n’en perçoit guère les signes.
Ne repoussons pas la transition écosocialiste !
Le parti manque de mordant. Il craint la confrontation – c’est en tout cas l’impression qu’il donne jusqu’à présent — sans compter que, dans sa majorité, il n’ose toujours pas remettre en cause la raison d’État allemande.
Le fait de se concentrer sur les trois thèmes sociaux mentionnés plus haut — le logement, le ticket social, les déchets — a quelque chose de défensif. Comme si elle voulait dire : « Compte tenu des contraintes budgétaires, nous vous promettons le moins possible ; ainsi, on ne pourra pas nous reprocher d’avoir manqué à nos promesses électorales ».
À juste titre, Die Linke écrit dans son programme électoral : « Le frein à l’endettement reste un obstacle aux investissements publics ». Et elle ajoute aussitôt qu’elle ne voit guère de moyen de le contourner. Et qu’elle reste tenue au respect de l’équilibre budgétaire, dont l’État fédéral se soucie si peu :
« Ce cadre ne peut toutefois pas être dépassé au seul niveau régional… Nous voulons nous engager à rééquilibrer les recettes et les dépenses à moyen terme, sans devoir réduire les dépenses globales… En nous appuyant sur des prévisions de hausse stable des recettes, grâce à la recherche active de nouvelles sources de revenus ainsi qu’à une limitation de la hausse des dépenses, le déficit budgétaire structurel pourra être résorbé à moyen terme… Nous voulons… maintenir la prévisibilité des coûts liés aux infrastructures sociales et aux dépenses de transfert. Pour cela, nous voulons utiliser les marges de manœuvre budgétaires… et allonger les délais de remboursement, à l’instar d’autres Länder. »

Le parti ne dit pas : « Lorsque le gouvernement fédéral a besoin d’argent pour l’armement, il crée un fonds spécial en dehors du budget. Si nous avons besoin d’argent pour les affaires sociales et la transition écologique, nous utiliserons donc les fonds spéciaux du Land de Berlin. »
Le fonds spécial SiWa (fonds spécial pour les infrastructures de la ville en croissance), doté de quatre milliards d’euros, est le plus facile à mobiliser. Le fonds spécial fédéral pour les infrastructures et la neutralité climatique (SVIK) entre également en ligne de compte : il s’agit de cinq milliards répartis sur douze ans. Cela permet déjà de faire quelque chose.
On attend d’un parti de gauche, qui souhaite au moins dépasser le capitalisme néolibéral, qu’il ne se contente pas d’éviter le pire et de gérer le statu quo, mais qu’il communique de manière offensive sa vision : « Un Berlin social et résilient face au changement climatique » et qu’il se donne les moyens de la mettre en œuvre.
* Cet article est paru le 27 août sous le titre « Berlin : kann die Linke Regieren. Die Berliner Wahl und die Chancen für linke Politik » sur le site de la SoZ (Sozialistische Zeitung). Notre traduction de l’allemand et nos illustrations.
Angela Klein est rédactrice de la Sozialistische Zeitung à Cologne. Elle est membre de l’Internationale Sozialistische Organisation, section allemande de la Quatrième internationale.


