Le manifeste Attensity ! Le manifeste du Mouvement pour la libération de l’attention, sous la direction de D. Graham Burnett, Alyssa Loh et Peter Schmidt, vient tout juste de paraître en traduction française aux éditions La Découverte.

NOTRE ATTENTION EST EN CRISE
Tout le monde le constate, tout le monde le ressent. Au lieu de s’en plaindre, un collectif transnational, The Friends of Attention, entreprend d’organiser la résistance.
RÉSISTER CONTRE QUOI ?
Contre la fracturation attentionnelle – équivalent du fracking qui fracasse les roches pour en extraire du pétrole de schiste. En pressurisant notre attention sur les réseaux sociaux, le capitalisme de plateforme détruit nos capacités mentales, isole les individus et fragilise nos démocraties.
RÉSISTER COMMENT ?
Collectivement, en développant des formes communes d’activisme attentionnel. Cela passe par des pratiques d’étude, par la constitution de » sanctuaires attentionnels « , par le montage de larges coalitions pour défendre et expérimenter les forces collectives de l’ATTENSITÉ, cette qualité transformatrice du libre mouvement de l’attention, dans toute sa plénitude, librement partagée.
CE LIVRE EST LE MANIFESTE DE CE MOUVEMENT ÉMERGENT
Il appelle à davantage qu’une simple lecture. Accompagné de manuels d’activation collective, il fraie des façons concrètes de rejoindre un mouvement mondial de lutte contre l’exploitation et pour la libération de l’attention.
Laissons Emily Jessica Turner nous en parler…
Attensity!, le manifeste du Mouvement pour la libération de l’attention, exige que l’on se penche de toute urgence sur ce qu’il considère comme la « question clé de notre époque ».
Il nous invite à repenser le concept d’attention : ce qu’est l’attention, comment elle est pillée par les géants de la tech, et ce que nous pourrions faire pour nous la réapproprier.
Ce manifeste est le fruit du travail collectif de la coalition Friends of Attention, inspirée par les Quakers, un groupe d’autoproclamés « activistes de l’attention ». Ils y suggèrent que parler d’attention doit être « une conversation sur la coercition, le vol et l’instrumentalisation de la vie humaine ». Ils soulignent qu’il existe de nombreuses entités parasites prêtes à tirer profit de notre regard, « polluant inutilement nos environnements intérieurs afin de capter et de vendre autant de notre attention que possible ».
Tout au long de Attensity!, ils mettent en avant la multitude de preuves montrant que les entreprises technologiques, les industries publicitaires et l’armée exploitent allègrement des méthodes invasives et destructrices de « fracturation humaine » pour maximiser la création de richesse. C’est dans le monde en ligne que cela se passe en grande partie : les entrepreneurs technologiques offrent « un univers numérique ostensiblement “gratuit” – dont le coût de fonctionnement caché est l’épuisement et la pollution de l’esprit et des sens de ses utilisateurs ». Face à cela, Attensity! soutient que s’approprier son attention, c’est se réapproprier sa liberté.
Il est difficile de contester tout cela, et il n’est guère controversé, mais courageux, d’affirmer que notre attention est marchandisée et exploitée de manière quasi constante. Nous le ressentons chaque fois que nous sommes pris dans un « doomscroll » [quand tu fais défiler sans fin des contenus anxiogène en ligne, NDT], ou que nous réalisons avoir passé 90 % de nos heures de veille à regarder un écran.

Lorsque nous nous sentons le cerveau embrumé, malades et agacés contre nous-mêmes d’avoir passé autant de temps sur nos téléphones. Quand nous déplorons la diminution de notre capacité d’attention, ou que nous nous demandons si nous souffrons d’un TDAH [Trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, NDT] non diagnostiqué. Dire qu’Attensity! présente des « arguments convaincants » serait donc un peu réducteur. Nous savons tous, au fond de nous, que nous sommes victimes d’un « bio-hacking à l’échelle de la société », et nous savons que c’est vraiment terrible.
Fondamentalement, le livre nous invite à repenser ce qu’on nous a appris sur la « capacité d’attention », au-delà de la simple aptitude à se concentrer sur des tâches sur écran – cette définition bornée, « inspirée d’une pensée très spécifique de la Guerre froide » – pour y intégrer l’intérêt, la curiosité, notre capacité à nous soucier des autres et l’élévation spirituelle. Il appelle à lutter non seulement pour une « meilleure capacité d’attention », mais aussi pour la liberté d’accéder à un éventail plus large d’expériences humaines.
Attensity! nous invite délibérément et à plusieurs reprises à participer activement à la conversation, en prenant appui sur le sentiment de collectivité créé par la voix chorale du livre. De toute évidence, de nombreuses voix ont été intégrées à l’écriture, avec des changements de ton et de style de prose d’une section à l’autre.
C’est un manifeste convaincant en ce qu’il résiste au désespoir et fonctionne plutôt comme un appel mobilisateur pour le changement, discutant de solutions telles que l’étude, la création de coalitions et la formation de sanctuaires. Il revient sur l’histoire des révolutions et des mouvements sociaux et syndicaux, puisant son inspiration dans des exemples de résistance collective.
Si vous êtes un être humain vivant dans le monde moderne, je vous recommande vivement de vous procurer Attensity! et de le lire d’un bout à l’autre. En tant que livre, Attensity! est stimulant, incite à la réflexion et invite à l’introspection – et en tant que manifeste, c’est un appel galvanisant à une révolution du bien-être attentionnel.
* Cet article est paru le 11 janvier 2026 sur le blog d’Emily Jessica Turner sous le titre « All eyes on Attensity ! A Manifesto Review » Notre traduction de l’nglais.
Emily Jessica Turner, écrivaine, chercheuse et artiste britannique.


