Ce texte reprend l’intervention de Bhaskar Sunkara, fondateur de Jacobin et éditeur de la revue Catalyst, au Victorian Trades Hall de Melbourne, en Australie, en juin 2026, retranscrite dans cette même revue. Il y soutient que l’ère des compromis de classe de l’après-guerre ne reviendra pas, et que toute politique socialiste démocratique sérieuse doit s’inscrire dans une perspective de rupture avec le capitalisme. Ses analyses sur l’impasse de la social-démocratie et sur la nécessité de reconstruire patiemment une organisation de masse de la classe travailleuse offrent de précieuses pistes de réflexion. Elles appellent toutefois un prolongement : à l’heure de l’urgence climatique, la question écologique, absente ici, nous semble devoir être placée au cœur de tout projet de transition vers le socialisme (SP).
Victorian Trades Hall est la plus ancienne maison des syndicats au monde encore en activité. Et en 1856, avant même sa construction, les tailleurs de pierre et les ouvriers du bâtiment de Melbourne avaient déposé leurs outils et défilé pour réclamer la journée de huit heures : huit heures de travail, huit heures de loisir et huit heures de repos. Pendant un certain temps, cette ville a incarné ce qui, au XIXe siècle, se rapprochait le plus d’un modèle de ce qu’une classe ouvrière organisée pouvait arracher au capital. Je mentionne cela non pas pour flatter les habitant·es de Melbourne, mais parce que ce slogan — huit, huit et huit — reste pertinent aujourd’hui. Plutôt qu’une simple revendication réformiste, il s’agissait d’une revendication révolutionnaire sur le sens même de la vie humaine. Et je voudrais montrer que tout le projet socialiste est, en fin de compte, un combat autour de cette question.

Historiquement, on peut dire que notre mouvement socialiste a accompli trois choses au sein du mouvement ouvrier plus large. D’abord, il a dénoncé, dans un registre d’agitation, les crimes du capitalisme et de l’impérialisme, pour rappeler la réalité quotidienne du système que nous affrontions. Ensuite, il nous a offert une vision d’un monde après le capitalisme. Enfin, et c’est ce qui distinguait le mouvement socialiste de l’anarchisme, il a proposé une explication convaincante du chemin à parcourir pour passer de l’un à l’autre.
Je souhaite me concentrer sur cette troisième tâche, la question de la stratégie socialiste et de la transition, puis aborder la nécessité d’avoir une vision convaincante de ce à quoi pourrait ressembler un socialisme après le capitalisme. Je voudrais défendre quelques thèses. D’abord, expliquer pourquoi la social-démocratie se trouve dans une impasse dont elle ne pourra jamais pleinement se relever. Ensuite, expliquer pourquoi, paradoxalement, l’effondrement du socialisme réformiste a été une catastrophe, même et surtout pour les révolutionnaires qui se sont toujours situés à sa gauche et qui avaient prédit cette impasse. Je voudrais aussi expliquer à quoi ressemblerait une troisième voie viable, et pourquoi elle ne peut pas esquiver la question de la rupture, aussi tentant que ce soit. Enfin, je voudrais affirmer la viabilité technique d’un socialisme après le capitalisme, et expliquer pourquoi esquisser des « recettes pour les marmites de l’avenir » est une nécessité pour toutes celles et ceux qui luttent aujourd’hui pour un monde au-delà du capitalisme [1].
Le dilemme
Lorsque l’on considère l’âge d’or social-démocrate de l’après-guerre, on est tenté d’y voir une autre sorte de recette. La Suède l’a concoctée ; l’Australie en a proposé une variante ; les Danois et les Autrichiens y ont apporté leur touche personnelle : des syndicats puissants, le plein emploi, des salaires en hausse, des États-providence. Face à ce monde dont certains gardent encore le souvenir, nous sommes naturellement portés à nous dire : « Ça a marché ; il suffit de remettre les chefs aux fourneaux. » Cette idée a une vraie force. La mémoire des compromis d’après-guerre, la nostalgie de la stabilité et de la dignité qu’ils offraient à beaucoup, et l’idée que la cupidité des patrons et la corruption des politiques expliquent pourquoi nous « ne pouvons plus avoir de belles choses », comme dit le dicton, ont considérablement profité à notre génération de gauche.
Mais pour les cadres de notre nouvelle gauche, il vaut la peine de réfléchir à l’ensemble particulier de conditions qui, dans les années 1950 et 1960, a donné naissance à la social-démocratie d’après-guerre. Il y avait une forte croissance économique, accompagnée de gains de productivité rapides. Il existait des syndicats puissants et bien implantés qui luttaient pour des salaires plus élevés sur les lieux de production et apportaient des voix aux partis du mouvement ouvrier. Les économies nationales étaient relativement fermées et la mobilité des capitaux était limitée. L’emploi industriel était en expansion, ce qui signifiait que la classe ouvrière se concentrait dans de grands lieux de travail où il était facile de s’organiser, plutôt que d’être dispersée. Et la structure démographique était favorable : beaucoup de personnes en âge de travailler et relativement peu de retraités, ce qui rendait le financement de l’État-providence naissant moins coûteux.

Ces conditions masquaient la contradiction centrale de la social-démocratie. Elles ont permis à un mouvement qui, en général, ne remettait jamais en cause la propriété des moyens de production, de transformer néanmoins radicalement la vie des travailleur·euses et la trajectoire de sociétés entières. Un travailleur de 1945 et l’enfant de ce même travailleur en 1975 vivaient presque dans des mondes différents, et la social-démocratie pouvait s’en attribuer une grande partie du mérite. Pendant un certain temps, la contradiction — à savoir que l’on avait donné du pouvoir aux travailleur·euses sur le plan politique et sur le lieu de travail tout en laissant entre des mains privées le pouvoir de diriger les investissements et de générer de la richesse — n’a pas submergé le système. Il y avait suffisamment pour des salaires plus élevés, suffisamment pour les bénéfices, et suffisamment pour l’État-providence en plus.
Puis les conditions ont radicalement changé. Dans les économies capitalistes avancées d’aujourd’hui, la production s’organise au sein de réseaux mondialisés que les gouvernements nationaux ont plus de mal à contrôler. Le capital financier est extrêmement puissant et mobile, et il met au pas tout gouvernement qui l’effraie, comme il l’a fait avec la France de François Mitterrand en 1983, et comme les marchés obligataires le rappellent encore aujourd’hui à chaque ministre des Finances. Sans compter l’existence d’énormes secteurs technologiques qui continueront à transformer rapidement les économies de manière difficile à anticiper. Par-delà cela, les populations vieillissent, de sorte que le taux de dépendance qui rendait l’État-providence moins coûteux s’est inversé. La croissance de la productivité a ralenti, en particulier en Europe, ce qui rend le capital moins disposé à accepter des compromis corporatistes. Dans le même ordre d’idées, le taux de syndicalisation s’est effondré dans la quasi-totalité du monde capitaliste avancé. Et dans un monde plus globalisé, les États se font concurrence encore davantage pour attirer les investissements, ce qui les conduit à réduire leurs propres impôts et à abaisser leurs droits du travail.
Un gouvernement qui arrive aujourd’hui au pouvoir avec un programme social-démocrate traditionnel se heurte à des contraintes qui étaient bien moins strictes dans l’après-guerre. Je suis convaincu qu’un programme datant de 1970 peut encore servir à remporter des élections en 2026, mais je suis tout aussi convaincu qu’il est voué à l’échec en tant que programme de gouvernement. Cependant, ce n’est pas seulement parce que les contraintes sont plus strictes. C’est que la social-démocratie a perdu sa base sociale. La classe ouvrière industrielle dense qui constituait le cœur de ces partis s’est clairsemée et s’est dispersée idéologiquement. Dans ce contexte, dont ils ne sont que partiellement responsables, les sociaux-démocrates ont dû élargir leur audience à une base de classe moins cohérente.
Grâce à ces adaptations, dans la plupart des pays du monde, les partis sociaux-démocrates restent viables en tant que larges coalitions électorales progressistes. Mais ces coalitions sont sans doute plus enclines à limiter leur programme à une redistribution a posteriori par le biais de l’impôt et des transferts qu’à ce qui avait rendu la social-démocratie d’après-guerre révolutionnaire dans ses effets dans des pays comme la Suède : la mobilisation des investissements et l’orientation de l’économie en amont de la redistribution.
Les crises économiques des années 1970 ont joué un rôle plus important dans la transformation de la social-démocratie en une pâle imitation d’elle-même que le manque évident de force de caractère de certains dirigeants sociaux-démocrates. Il est devenu évident que l’ancien modèle ne pouvait pas perdurer et qu’il fallait le changer.
À droite de la social-démocratie, on a assisté à une adhésion plus effrénée au nouvel environnement. Prenons l’exemple du « New Labour » de Tony Blair, qui a accepté le compromis thatchérien sur les marchés du travail 79 et la déréglementation financière, et a adopté la rhétorique des marchés flexibles et du « welfare to work » (de l’aide sociale au travail). Parallèlement, il a associé ces politiques à la défense des institutions existantes de l’État-providence, comme le Service national de santé britannique, et à une redistribution ciblée pour venir en aide aux personnes en situation de détresse extrême, comme en témoigne la lutte menée par Blair contre la pauvreté infantile.

L’« Accord sur les prix et les revenus » conclu en Australie entre le gouvernement Hawke-Keating et le mouvement syndical dans les années 1980 et au début des années 1990 figurait parmi les tentatives les plus ambitieuses de gestion de la crise par le biais d’une négociation centralisée. Les travailleur·euses ont accepté de modérer leurs revendications salariales ; en contrepartie, on leur a promis un « salaire social » à titre de compensation. Les Australiens ont peut-être bénéficié de plus de compensations que certains de leurs homologues ailleurs, mais ils ont tout de même subi la même vague de financiarisation et de déréglementation de l’économie australienne, ainsi que les évolutions qui ont accru la mobilité du capital et affaibli la main-d’œuvre [2].
Dans la Suède des années 1970, face au recul de l’investissement et à l’aggravation de la crise économique, la confédération syndicale LO a proposé de prélever chaque année une part des profits pour transférer progressivement la propriété des grandes entreprises à des fonds contrôlés par les travailleurs et les travailleuses. C’était un véritable pont entre la social-démocratie et le socialisme, financé par la modération salariale que les travailleur·euses pratiquaient déjà dans le cadre du système suédois de négociation salariale centralisée [3]. Ce projet répondait à la fois à la crise économique et à la contradiction plus générale de la social-démocratie, en s’attaquant directement à la question de la propriété des moyens de production.
Mais en fin de compte, la proposition fut vidée de sa substance, non seulement en raison d’erreurs stratégiques et de l’opposition du capital, mais aussi à cause de la résistance de la direction du Parti social-démocrate suédois elle-même. Celle-ci n’avait pas construit le soutien de masse nécessaire à la socialisation de la production, et — même si elle l’avait voulu, ce qui n’était pas le cas — elle n’aurait pu mobiliser que les travailleur·euses les plus conscients de leur appartenance de classe en faveur de la transformation des rapports de propriété. Un parti qui avait été construit pour gérer le capitalisme dans l’intérêt des travailleur·euses ne pouvait pas gérer une transition vers le socialisme.
Aujourd’hui, au lieu de débattre d’un renforcement de la propriété sociale, les sociaux-démocrates peinent, dans un nouvel environnement social et économique, à préserver ne serait-ce que les compromis existants qu’ils ont conclus avec le capital. Voilà donc le dilemme. La gauche est encore capable de remporter des victoires électorales grâce à la rhétorique sociale-démocrate, mais l’ancrage sociale de nos coalitions victorieuses est bien moindre, et la marge de manœuvre pour gouverner dans le cadre du capitalisme est encore plus étroite qu’auparavant. Se contenter de vouloir revenir à 1970 n’est pas une stratégie viable.
Le paradoxe
Certains d’entre vous pourraient rétorquer : « Ce n’est pas mon problème. Je n’ai jamais été et ne serai jamais social-démocrate. » Mais le déclin du socialisme réformiste a également été une catastrophe pour le socialisme révolutionnaire. Pendant la majeure partie du XXe siècle, les révolutionnaires considéraient les dirigeants réformistes — les bureaucrates syndicaux, les socialistes parlementaires, les responsables de circonscription — comme des obstacles à une politique plus radicale. Ils voyaient en eux des gens qui conduiraient les travailleur·euses jusqu’au seuil d’une épreuve de vérité décisive face au pouvoir capitaliste, pour ensuite reculer ou trahir. Et il y avait bien sûr du vrai dans cette idée.

Cependant, regardez l’univers que ces partis et syndicats réformistes ont contribué à créer. Ils ont politisé les travailleur·euses — ils ont rassemblé des personnes issues d’une myriade de milieux différents et leur ont donné une identité, celle de membres conscients d’une classe, fondée sur leur position objective dans l’économie. Ils ont construit et fait vivre les institutions dans lesquelles cette identité s’incarnait : les syndicats, les coopératives, les associations ouvrières, la presse syndicale et les Bourses du travail. Ils ont formé des militants et appris aux gens à animer des réunions, à faire une collecte, à tenir un piquet de grève et à prendre la parole en public. Et ils l’ont fait à grande échelle, touchant la vie de millions de personnes.
La gauche révolutionnaire est issue du même terreau du mouvement ouvrier que la gauche réformiste, mais, même après que des scissions l’eurent reléguée au rang de minorité, elle a continué à bénéficier de la politique de classe de masse souvent menée par les réformistes. Un parti communiste pouvait aller recruter les travailleur·euses les plus militants, les plus conscients de leur appartenance de classe, précisément parce qu’il y avait des millions de travailleur·euses organisés parmi lesquels recruter. Bien que ces partis visaient plus que cela, ils ne faisaient, à tout le moins, que prélever la couche la plus avancée au sommet d’un mouvement que la politique réformiste de masse avait largement contribué à maintenir.
Le capitalisme lui-même a produit le travailleur comme catégorie objective, en tant que condition d’exploitation que nous voulons abolir. Mais le travailleur en tant que sujet politique a été construit délibérément, par le biais d’institutions. Et nous ne le savons que trop en ces temps sombres : une politique de classe de masse n’a rien d’une donnée acquise sous le capitalisme [4].
Lorsque l’adhésion syndicale s’est effondrée, lorsque les partis ouvriers ont dérivé et se sont affaiblis, lorsque les associations ouvrières depuis longtemps capturées par les réformistes ont fermé leurs portes, les travailleur·euses ne sont pas devenus plus révolutionnaires. Privés des institutions qui avaient fait d’eux une classe, ils sont au contraire devenus plus désengagés politiquement, plus individualisés, et parfois plus nationalistes ou xénophobes, ou du moins plus profondément cyniques à l’égard de toute forme de politique.
L’« école du socialisme » — cette idée, défendue même par de fervents détracteurs du réformisme, comme Rosa Luxemburg, selon laquelle la lutte quotidienne pour les salaires, les horaires et les conditions de travail éduque la classe des travailleur·euses, développe ses capacités et lui fait prendre conscience de son propre pouvoir — semble désormais fermée [5]. Si l’action collective parait trop difficile, trop dangereuse ou vouée à l’échec, les appels de la gauche révolutionnaire trouvent encore moins d’écho au quotidien.

Et nous savons que la plupart des travailleur·euses ne connaissent que le travail et les luttes individuelles pour joindre les deux bouts, et non des luttes coordonnées pour les salaires, le logement et la démocratie sur le lieu de travail. Si j’insiste sur ce point, c’est qu’il a une implication stratégique : il n’y a pas de raccourci qui dispense de reconstruire patiemment l’organisation et l’identité de masse la classe des travailleur·euses. Le révolutionnaire qui veut provoquer une percée radicale à partir du faible niveau de politisation actuel, comme le social-démocrate nostalgique qui veut faire redémarrer sur-le-champ sa Ford Falcon de 1970, manqueront tous deux d’un sujet de classe et d’un climat favorable à l’organisation. Or, ceux-ci n’existeront que si nous les construisons.
La troisième voie
La troisième voie n’est ni une social-démocratie zombie ni une pure posture d’opposition. C’est un socialisme démocratique dont le but n’est pas d’administrer durablement le capitalisme dans l’intérêt des travailleur·euses, puisque nous avons vu que les conditions d’une telle administration ont en grande partie disparu, mais d’avancer sur les deux axes de la démocratisation et de la socialisation. Il doit utiliser chaque position conquise, chaque réforme adoptée et chaque institution construite pour étendre les capacités démocratiques des travailleur·euses ainsi que la sphère de la propriété sociale. Et il doit le faire au moyen de partis de masse que des milliers de gens ordinaires peuvent réellement rejoindre et façonner, mais qui restent engagés, dans leur programme, en faveur du socialisme, à la fois comme destination ouvertement affirmée et comme pratique quotidienne.
L’ouverture et l’engagement programmatique en faveur du socialisme doivent aller de pair. Un parti ouvert, mais dépourvu de destination devient une organisation progressiste fourre-tout qui dérive au gré des vents électoraux. Un parti qui a un objectif, mais qui est fermé — avec des critères d’adhésion excessivement stricts — aura plus de mal à se construire et, à terme, à fusionner avec un mouvement des salarié·es plus large. Nous avons besoin des deux : un parti de masse large et accueillant, doté d’un horizon socialiste clair, ainsi qu’un plan de transition socialiste inscrit dans son programme et dans ses déclarations publiques. Ce n’est pas une proposition nouvelle, mais elle diffère de l’approche populiste de gauche qui domine encore la gauche mondiale. Qu’il faille construire de nouveaux partis socialistes ou transformer des partis existants en partis socialistes de masse dépend du pays où nous militons. Mais il ne sert pas à grand-chose de construire sans esprit critique des partis attrape-tout qui se contentent de défendre une forme plus pure de social-démocratie.

Nos partis socialistes doivent obtenir des réformes qui améliorent concrètement la vie des gens, car, si nous n’y parvenons pas, on peut affirmer sans risque que personne ne croira en notre capacité à accomplir quoi que ce soit d’autre. Mais nous devons hiérarchiser les réformes en partie selon un deuxième critère : élargissent-elles les capacités démocratiques des travailleur·euses, et s’inscrivent-elles dans les transformations socialistes plus radicales que nous espérons voir dans l’avenir ? Nous devons mener des réformes qui renforcent (et démocratisent) les syndicats et mettent en place des coopératives et des institutions publiques démocratiques afin de reconstruire l’infrastructure de la classe des travailleur·euses que nous avons perdue au cours des dernières décennies. Nous devons élargir progressivement la sphère de la propriété sociale et du contrôle des travailleur·euses. Et nous devons délibérément créer des bases sociales ayant un intérêt concret à aller plus loin.
Le capitalisme d’État-providence ne peut pas être notre destination finale. Mais à chaque étape et à tous les niveaux de gouvernement, les socialistes se heurteront à une contradiction qu’il nous faudra apprendre à surmonter : notre dépendance à l’égard de l’accumulation des capitalistes privés, qui finance l’État et fournit aux travailleur·euses des emplois productifs. Il se pourrait même que nous soyons tentés d’appuyer nous-mêmes sur le frein. Rien ne serait pire, comme programme, qu’un socialisme qui va trop loin pour le capitalisme, mais pas assez loin pour le socialisme.
La stratégie générale de ce qu’une tradition plus ancienne appelait les « réformes non réformistes » — des réformes jugées non seulement à l’aune du bien qu’elles font aujourd’hui, mais aussi à leur capacité à modifier l’équilibre des pouvoirs et à ouvrir la voie à l’avenir — semble toujours être notre meilleure issue pour sortir de cette impasse. Mais une telle stratégie n’a de sens que si nous mettons au premier plan notre destination ultime : le socialisme [6]. Aujourd’hui, il n’existe pratiquement aucun parti de gauche en pleine expansion — de Die Linke à La France Insoumise — qui articule systématiquement le socialisme en tant que théorie et pratique. Face au dilemme structurel de la social-démocratie à notre époque, il n’y a aucune raison de croire que ces partis, et encore moins les Verts ici en Australie ou en Grande-Bretagne, mèneront un programme très différent de celui des partis de centre-gauche actuels.
La question de la rupture
Il convient de reconnaître que, dans la pratique, les réformes non réformistes ont elles-mêmes souvent servi de couverture rhétorique à un gradualisme de confort que nous devrions rejeter pour plusieurs raisons. Même s’il existe une voie sociale-démocrate vers un socialisme postcapitaliste — même si la séquence relativement patiente que je viens de décrire est la bonne —, nous ne pouvons pas éluder la question de la rupture. À un moment donné de cette séquence, il doit y avoir une rupture définitive avec les rapports de propriété capitalistes, un moment où la propriété de la richesse productive décisive de la société échappe aux mains du secteur privé. On ne peut parvenir à l’abolition des classes par une série infinie de petits ajustements qui font pencher la balance au détriment du capital. À un moment donné, il faut un changement majeur qui nécessite le soutien populaire et une mobilisation extraparlementaire, au prix d’un risque considérable pour la stabilité d’un gouvernement socialiste démocratique.
C’est ici qu’un vieux débat de la gauche socialiste mérite d’être rouvert. Dans sa critique des eurocommunistes des années 1970, Ernest Mandel mettait la voie gradualiste face à un dilemme qu’elle ne pouvait jamais résoudre. Soit les mesures adoptées par un gouvernement de gauche laissent les secteurs clés de l’économie entre des mains privées, et elles ne constituent alors en rien une transition vers le socialisme. Soit elles commencent véritablement à socialiser l’investissement et à exproprier le capital, et elles suscitent alors précisément la résistance concentrée que la voie graduelle devait nous épargner. Il n’existe pas de troisième voie, faite d’empiètements infiniment patients que le capital aurait l’amabilité de ne pas contester. L’affrontement n’est pas une option que l’on pourrait éliminer de la transition par quelque habileté. C’est un trait structurel de l’expropriation d’une classe qui ne consentira jamais à son propre dépassement [7].
L’ancienne image, que l’on retrouve dans les textes de l’aile gauche de la social-démocratie et dans les traditions gramsciennes de l’eurocommunisme de gauche, est celle du mouvement ouvrier encerclant lentement la forteresse du capital. On creuse ses tranchées, on construit ses douves et ses machines de siège, on encercle la citadelle avec des contre-institutions, et un jour, la guerre de position est gagnée, et la forteresse tombe [8].Le problème est que la forteresse ne restera pas les bras croisés. Le capital n’est pas un château fort ; c’est un ennemi dynamique. Tandis que nous creusons patiemment nos tranchées, il restructure la production, délocalise à l’étranger, automatise nos secteurs syndicaux les plus militants, s’empare de nos institutions, divise notre coalition et modifie le terrain sur lequel nous nous tenons. Plus la transition vers le socialisme s’éternise, plus la contre-offensive capitaliste sera forte, et plus le mouvement ouvrier s’épuisera. Et dans un contexte d’épuisement et de nécessité d’institutionnaliser les victoires, les pressions de la bureaucratisation s’intensifient d’autant plus.

Je voudrais m’exprimer brièvement sur la bureaucratisation, car je pense qu’il est facile, dans certaines traditions, de la traiter simplement comme une défaillance morale, une histoire de bons radicaux qui se sont ramollis et de mauvais dirigeants qui ont trahi leurs principes. Mais le plus souvent, ce processus découle d’une nécessité : celle de consolider une victoire, de pérenniser un acquis, d’institutionnaliser les leçons d’une lutte afin que la génération suivante n’ait pas à les réapprendre. Nous ne pouvons pas maintenir nos militants en permanence mobilisés à leur niveau maximal. Le problème est que l’appareil même mis en place pour défendre la victoire d’hier développe un intérêt à ne pas risquer cette victoire au profit de victoires incertaines de demain. Une machine partisane qui remporte un gain peut très bien se scléroser autour de celui-ci, tout comme une direction syndicale radicale qui obtient un excellent accord collectif aura tendance à se modérer au fur et à mesure de sa mise en œuvre.
En examinant la social-démocratie même qui l’avait formé, Robert Michels a qualifié cette tendance de « loi d’airain de l’oligarchie » : l’affirmation selon laquelle toute grande organisation, aussi démocratiques que soient ses objectifs déclarés, produit une direction qui privilégie la consolidation de sa propre position au détriment de ceux qu’elle dirige [9]. Il n’est pas nécessaire d’adhérer au fatalisme de Michels, dont il tira des conclusions réactionnaires en fin de vie, pour prendre cette observation au sérieux. La bureaucratisation n’est pas une corruption venue de l’extérieur d’un mouvement sain. C’est un processus généré par les victoires mêmes du mouvement et par les institutions que nous construisons pour pérenniser ces victoires. Et c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter de nous lamenter moralement à ce sujet ; nous devons réfléchir à des moyens de la contenir de manière structurée.
Les mesures que Marx a tirées de la Commune de Paris — des responsables élus démocratiquement et soumis à une procédure de révocation, rémunérés au même niveau que les travailleur·euses qu’ils représentent, et sans caste permanente d’administrateurs placés au-dessus du peuple — constituaient un programme concret visant à maintenir un appareil subordonné à sa base. Leurs équivalents modernes pourraient être aussi simples que la rotation des postes et la limitation des mandats, la formation délibérée de plusieurs générations successives d’organisateurs afin que personne ne soit irremplaçable, la transparence en matière de finances et de décisions, le droit des militants de base de révoquer leurs représentants, et un plafond bas pour les privilèges matériels liés à la fonction. Le contre-pouvoir le plus important, bien sûr, est un mouvement venant d’en bas qu’un parti ne peut ni contrôler ni ignorer.
Cela signifie, en gros, que nous avons besoin de deux éléments en tension productive. Nous avons besoin d’un mouvement de classe libre et extraparlementaire : des organisations de locataires, des comités d’entreprise, des luttes contre les oppressions et d’autres institutions d’une classe des travailleur·euses politisée. Et nous avons besoin d’un parti socialiste démocratique qui vise véritablement à gouverner, sur la base d’un programme socialiste clair et d’un programme de transition explicite. Si tout cela semble utopique, c’est parce que nous sommes très loin du socialisme. Je ne veux pas prétendre le contraire. La distance qui nous sépare de la société que je décris est énorme et ne se comblera pas en un ou deux cycles électoraux favorables.
Mais même en étant conscients de notre faiblesse actuelle et de notre manque relatif d’ancrage au sein de la classe elle-même, nous n’avons d’autre choix honnête que de garder la rupture en ligne de mire. Si ce que nous voulons n’est qu’un capitalisme un peu plus humain, alors nous pouvons revoir nos ambitions à la baisse, rejoindre le centre gauche et, espérons-le, trouver des moyens de tenir l’extrême droite à distance. Mais si nous croyons réellement, au plus profond de nous-mêmes, non pas seulement à une société plus bienveillante, mais à une société qui se débarrasse de l’exploitation et de l’oppression, alors un capitalisme humanisé ne peut être notre destination. Et si nous ne parvenons pas à nous défaire de cette conviction socialiste, nous devons refuser à la fois l’impasse d’une social-démocratie nostalgique et celle de la politique sectaire, et chercher à construire une politique socialiste de masse, qui assume le gouvernement, la transition et la rupture.
Mais est-ce seulement possible ?
J’en viens ainsi à mon dernier point, le plus important. Car tout ce que je viens de dire sur la stratégie repose sur une hypothèse que nous ne sommes plus en droit de faire : que les gens que nous cherchons à gagner à notre programme croiront réellement que le socialisme peut fonctionner. La leçon que le XXᵉ siècle a enseignée à beaucoup, non seulement par la propagande capitaliste, mais aussi à travers une expérience historique bien réelle, c’est que toutes les variétés de socialisme, si diverses soient-elles, ont échoué d’une manière ou d’une autre.
La social-démocratie s’est enlisée. Elle s’est heurtée à la contradiction dont nous avons parlé plus haut : l’impasse entre un mouvement ouvrier fort et une classe capitaliste qui contrôlait toujours les investissements. Et lorsque la croissance a ralenti, les sociaux-démocrates ont estimé qu’ils n’avaient d’autre choix que de battre en retraite. Le socialisme d’État à planification centralisée s’est effondré de façon bien plus spectaculaire encore. Et il ne s’est pas effondré seulement à cause de la répression politique, de la course aux armements ou de la subversion occidentale. Il s’est effondré parce que, selon ses propres critères, il était incapable de tenir ses promesses en matière de production et de consommation. Tout parti socialiste démocratique radical qui se veut sérieux doit prendre la mesure de ces échecs, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan économique.

La planification administrative du socialisme d’État a échoué pour deux raisons principales. La première tenait au calcul. Le Gosplan, l’agence de planification soviétique, était chargé de coordonner une économie comprenant près de 50 000 usines, 26 000 entreprises de construction, 47 000 exploitations agricoles, 260 000 établissements de services et plus d’un million de commerces de détail — produisant quelque 12 millions de produits distincts, dont chacun nécessitait les intrants appropriés provenant des bons fournisseurs, aux bons endroits et dans les délais impartis, avec des chaînes d’approvisionnement s’étendant sur 11 fuseaux horaires. Au total, cela représentait des dizaines de milliards de variables, qui se chiffraient en milliers de milliards lorsque l’on étendait l’horizon de planification dans le temps [10].
Les informations nécessaires à la planification complète d’une économie complexe n’existent pas sous une forme qu’une autorité centrale puisse rassembler, quelle que soit la puissance de calcul dont elle dispose. En conséquence, bien que le système soviétique fût présenté comme un système faisant preuve d’une maîtrise rationnelle et scientifique de l’économie, il s’agissait en réalité d’un système pris dans une lutte perpétuelle pour rester à la hauteur de celle-ci.
Les plans étaient élaborés à partir d’informations incomplètes, révisés à l’issue de négociations bureaucratiques, puis rafistolés par d’innombrables échanges informels — faveurs, trocs et solutions de contournement qui fonctionnaient en parallèle du système officiel. Ces arrangements contribuaient à maintenir l’économie à flot, mais ils ne résolvaient pas le problème sous-jacent : les planificateurs ne disposaient toujours pas des informations nécessaires pour coordonner efficacement la production à l’échelle de l’ensemble du système. Il en résultait des pénuries récurrentes, des excédents de biens indésirables et une multitude d’inefficacités dans l’ensemble de l’économie.
Le deuxième problème fondamental concernait les incitations. Chaque responsable savait que l’objectif de l’année suivante dépendait de la production déclarée pour l’année en cours ; il sous-estimait donc ses capacités, thésaurisait la main-d’œuvre et les matériaux, et mentait. Les entreprises fragiles n’étaient jamais autorisées à faire faillite — ce que l’économiste hongrois János Kornai a appelé la « contrainte budgétaire souple » — car la faillite entraînait du chômage et la rupture des chaînes d’approvisionnement ; ainsi, l’inefficacité n’était jamais sanctionnée ni éliminée. Il en résultait un immense gaspillage de main-d’œuvre et de ressources, ainsi qu’une économie de pénurie qui ne répondait pas aux besoins sociaux [11].
Et nous avons déjà évoqué l’impasse de la social-démocratie, que le socialiste polonais Michał Kalecki avait pressentie dès les années 1940. Il soulignait qu’un plein emploi authentique et durable est politiquement instable sous le capitalisme — non pas économiquement impossible, mais politiquement instable — car, lorsque les travailleur·euses ne craignent plus le chômage, la discipline du marché du travail s’évapore. Le rapport de force sur le lieu de travail bascule en faveur des travailleur·euses, les profits s’amenuisent, et la classe capitaliste, qui contrôle toujours l’investissement, finit par réagir pour rétablir la discipline et trouver une voie vers un regain de rentabilité. C’est plus ou moins l’histoire des années 1970 et, combinée aux intérêts rationnels des travailleur·euses à préserver leur emploi et donc la rentabilité des entreprises capitalistes où ils travaillent, cela résume en quelques mots l’impasse de la social-démocratie. On ne peut pas s’en sortir par des réformes tout en laissant l’investissement entre les mains du secteur privé [12].
En termes simples, si l’on est socialiste, il n’y a pas de retour possible vers l’un ou l’autre de ces modèles. Le rêve de gérer toute une économie moderne par la planification administrative ne peut et ne doit pas être ravivé. Et le rêve de transformer le capitalisme tout en laissant ses propriétaires aux commandes de l’investissement se heurtera à chaque fois au mur de Kalecki (ou risque même de s’échouer avant cela). Or, s’il y a des problèmes avec les deux modèles de socialisme issus du mouvement ouvrier du XIXe siècle et de la source commune des partis de la Deuxième Internationale, alors nous devons commencer à discuter de ce à quoi ressemblerait une alternative.
Un socialisme réalisable
Il n’existe pas de modèle unique et figé d’un socialisme réalisable, mais ses éléments indispensables devraient être clairs. Un socialisme du XXIe siècle doit accomplir simultanément deux choses qui semblent contradictoires. Il doit abolir la dépendance vis-à-vis du marché — cette situation où votre survie même dépend de votre réussite sur le marché — tout en préservant les marchés en tant qu’outils de coordination d’une économie complexe. Nous avons besoin de certains marchés, mais nous n’avons pas besoin de capitalistes. Et nous voulons nous servir de ces marchés sans en être asservis [13]. Dans la pratique, cela signifie démarchandiser les infrastructures fondamentales de la vie humaine — notamment la santé, l’éducation, les transports, l’énergie, le logement et les télécommunications. Celles-ci ne devraient pas être rationnées par le prix, mais fournies en fonction des besoins, car leur organisation par des entreprises à but lucratif est à la fois moins juste et, souvent, moins efficace.

Au-delà de cela, dans l’économie plus large des biens et services courants, les marchés peuvent être d’excellents outils au service du socialisme, les prix fournissant des informations sur ce qui est rare et ce qui est recherché. Mais dans cette économie, les entreprises sont contrôlées par celles et ceux qui y travaillent, et non par des actionnaires extérieurs ou des capitalistes privés. Le pouvoir de décision découle de la participation, et non d’une mise de fonds. L’appartenance à une entreprise devient comparable à l’appartenance à une communauté politique, avec une voix et un droit de vote qui ne peuvent être ni achetés ni vendus. L’excédent après impôts généré par ces entreprises gérées par les travailleur·euses est contrôlé par ceux-ci, mais l’investissement n’est pas laissé à la discrétion des entreprises individuelles : il est socialisé. Cela passe par un système de banques publiques, responsables devant un État démocratique qui détient en commun la richesse productive de la société et la prête à des fins productives.
Dans un système où les travailleur·euses seraient propriétaires de leurs entreprises, et pas seulement maîtres de leur gestion, il faudrait affronter, entre autres problèmes, les distorsions dues au fait que les travailleur·euses chercheraient à s’employer dans les secteurs à forte intensité capitalistique, ceux qui versent les dividendes les plus élevés. Le marché du travail deviendrait une autre forme de loterie. Dans cette version du socialisme, en revanche, les entreprises conservent une large autonomie au sein de marchés régulés. Et les entreprises inefficaces peuvent faire faillite, supplantées par leurs concurrentes : c’est même un trait essentiel du système. Car répondre efficacement aux besoins des gens en biens et en services est une bonne chose et, sur un plan plus philosophique, gaspiller la force de travail humaine par inefficacité est une chose que les égalitaristes devraient refuser de tolérer.
Pour contribuer davantage à maintenir un système socialiste à la fois hautement productif et égalitaire, nous pourrions recourir à des références salariales — des taux minimaux, différenciés par profession — qui établissent un seuil minimum reflétant les priorités collectives en matière de dignité, de compétences et de contribution, plutôt que de laisser le pouvoir de négociation local fixer le prix d’une heure de travail. Cela fait évidemment écho à l’ancien système de fixation centralisée des salaires et aux effets concrets de la négociation salariale centralisée en Suède à l’apogée de la social-démocratie. Les salaires minimums apportent de la stabilité aux travailleur·euses, puisqu’ils ne dépendent pas entièrement des dividendes issus des bénéfices de leur entreprise, et ils contribuent également à orienter les entreprises vers une « voie de qualité » en matière de développement. Un groupe de travailleur·euses-dirigeant·es qui souhaitent progresser ne peut y parvenir en s’alignant à un niveau inférieur à la référence pour gagner des parts de marché ; il doit donc innover, se former, se réorganiser et trouver des domaines dans lesquels investir. L’économie est orientée vers la valorisation des avancées technologiques et des nouvelles techniques de production plutôt que vers la simple exploitation d’une main-d’œuvre bon marché.
Bien sûr, le but de toute cette productivité n’est pas la productivité en soi. L’objectif d’une économie socialiste dynamique est de transformer cette économie en une réduction du temps de travail, une espérance de vie plus longue et davantage de temps consacré à des activités hors de la production. En d’autres termes, cela éliminerait l’exploitation et la domination de notre activité économique, puis mettrait cette activité au service d’une plus grande liberté pour que chacun puisse décider comment mener la seule vie dont il dispose.
Les travailleur·euses qui ont défilé à Melbourne en 1856 ne réclamaient pas simplement de meilleures conditions de travail. En exigeant la journée de huit heures, ils affirmaient qu’un travailleur n’est pas seulement un instrument de production, mais un être humain à part entière ayant droit à tout ce que la vie a à offrir. Cette revendication résume à elle seule le socialisme en miniature. C’est l’exigence que les gens soient les auteurs de leur vie plutôt que les outils de l’enrichissement d’autrui.
Nous sommes très loin du socialisme. Mais ce que nous ne pouvons pas faire, si nous voulons survivre en tant que mouvement socialiste digne de ce nom, c’est réduire notre horizon pour nous adapter à notre faiblesse actuelle.
* Cet article, intitulé « The Necessity of Revolution », a été publié dans le dernier numéro de Catalyst (vol. 10, n° 2, été 2026). Notre traduction de l’anglais.
Bhaskar Sunkara est le fondateur de Jacobin, président du magazine Nation et auteur de : The Socialist Manifesto : The Case for Radical Politics in an Era of Extreme Inequality (2019).


