Le dernier trotskyste albanais

par | 25 Avr. 2026 | HISTOIRE, Mouvements ouvriers, PAYS ET RÉGIONS, Europe, Albanie & Kosovo

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Nous publions la traduction française du compte-rendu en anglais de Tevfik Rada sur le livre en albanais de Marenglen Kasmi, Sadik Premtaj : Trockisti i Fundit (Sadik Premtaj : Le dernier trotskiste), Éditions Naimi, Tirana, 2025.

 

Peu connu aujourd’hui, Sadik Premtaj [1914-1991, NDT] n’en reste pas moins une figure cruciale pour comprendre les premières années du Parti communiste albanais (PCA). Sous le pseudonyme de Xhepi (qui signifie « poche » en albanais), il fut qualifié de « trotskiste » par la clique d’Enver Hoxha : une désignation que Premtaj finit par faire sienne après avoir découvert la Quatrième Internationale lors de son exil à Paris.

 

Ce qui était connu de Sadik Premtaj

Selon l’historiographie officielle du Parti du travail albanais, il était un ennemi de classe, un intellectualiste, un réactionnaire, un espion. Enver Hoxha était tellement obsédé par lui que, dans son ouvrage sur la formation du Parti,Kur Lindi Partia (Quand le Parti a été formé), il cite son nom près de 200 fois.

L’historiographie postcommuniste a en revanche exhumé de nombreuses figures et situations auparavant occultées en les dépouillant cette fois-ci de tout héritage communiste. Dans cette perspective, Premtaj a été présenté comme un dissident moral face aux horreurs du régime d’Enver Hoxha [1].

En Occident, il s’est fait d’abord connaître par à son article « Stalinisme et communisme en Albanie », rédigé au crépuscule de la scission Tito-Hoxha et publié sous le pseudonyme X.Y.Z. dans la revue de la Quatrième Internationale(en français, en 1948, puis en anglais, en 1949). Ce texte a été réimprimé dans les deux langues au cours des années 1990 et a constitué une contribution essentielle à la compréhension des controverses au sein du PCA stalinien [il est notamment paru dans Les Cahiers Léon Trotsky, n° 60, nov. 1997, pp. 57-70, NDT].

Ses mémoires ont été publiées en 1988 dans la revue Sous le Drapeau du Socialisme. En 2000, Paolo Casciola a réuni ses mémoires et son article « Stalinisme et communisme en Albanie », et les a publiés accompagnés de commentaires de Guy Prévan, Michel Raptis et Agim Musta.

 

 

L’angle biographique de Marenglen Kasmi

L’ouvrage récent de Marenglen Kasmi en albanais, Sadik Premtaj : Trockisti i Fundit (Sadik Premtaj : le dernier trotskiste, Naimi Publishing, Tirana, 2025, vise à retracer la vie de Premtaj, ainsi que le contexte politique dans lequel il a vécu. Il met en lumière de nombreux documents inédits le concernant, qui proviennent principalement des archives publiques albanaises, mais aussi des archives privées du frère de Premtaj. Ces documents permettent de reconstituer son engagement politique au sein du communisme albanais.

Mais, pour cette même raison, le livre apporte peu d’éclaircissements sur sa vie politique dans l’exil, lorsque ses prises de position sur l’Albanie sont devenues plus rares, notamment suite à la reconsolidation du régime, en 1956. Le livre évoque aussi le demi-frère de Premtaj, Zija Lepenica, qui a été incarcéré pendant dix-neuf ans dans l’Albanie d’Hoxha uniquement en raison de ses liens familiaux avec Premtaj.

Le Rapport Krouchtchev de février 1956, au XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique, qui dénonçait le culte de la personnalité de Staline, avait ouvert la porte à des critiques similaires envers Enver Hoxha, au sein du Parti communiste albanais, au printemps de la même année. Il y avait répondu par des exclusions et des arrestations, affirmant ainsi clairement son rejet de toute déstalinisation [NDT].

Après son exil à Paris, en 1944, Premtaj n’a jamais pu retourner dans son pays natal avant sa mort, en 1991. Selon son ami proche, Michel Raptis [pseudonyme : Pablo], il s’est néanmoins rendu plusieurs fois en Grèce et il a pu contempler l’Albanie depuis Corfou [2]. Il a été séparé de sa famille pour le reste de sa vie et n’a jamais eu l’occasion de revoir sa femme ni de connaître sa fille.

Les travaux récents de Kasmi sur la guerre de libération nationale, ainsi que sur le mouvement syndicaliste d’Albanie, contrastent avec l’historiographie officielle anticommuniste actuelle. Quelles que soient ses limites, son livre sur Premtaj, contrairement à celui de la grande majorité des historiens albanais, ne part pas d’un point de vue anticommuniste. Il ne s’agit pas non plus d’une apologie d’Enver Hoxha. Comme il le note, Sadik Premtaj a embrassé une politique révolutionnaire marxiste alternative et il était critique envers le stalinisme. Cela fait de Sadik une figure unique en Albanie, où presque tous les exilés de la période Hoxha étaient ou sont devenus nationalistes et réactionnaires.

 

L’Albanie de la jeunesse de Premtaj

Sadik Premtaj est né en 1914 (bien son année de naissance soit officiellement 1915) dans le petit village de Gjorm, près de Vlorë [au sud de l’Albanie, NdT]. Il n’a jamais rencontré son père, qui avait quitté sa femme enceinte pour combattre dans les guerres balkaniques et y avait trouvé la mort. La famille de Sadik, comme la plupart des habitant·es de son village, était composée de paysans démunis possédant une petite parcelle de terre. Il a passé ses premières années à Gjorm dans la pauvreté. Il a obtenu plus tard une bourse pour étudier à l’École technique de Tirana, fondée par la Croix-Rouge américaine au début des années 1920. La langue d’enseignement de l’école était l’anglais ; il en est sorti diplômé en 1938 en tant que géodésiste.

À cette époque, il avait déjà été témoin de nombreux événements politiques tumultueux en Albanie. En 1928, Ahmet Zogu s’était proclamé roi d’Albanie. Afin de marginaliser l’influence yougoslave, de nombreuses concessions avaient été accordées au capital italien. Pendant l’entre-deux-guerres, l’Albanie avait l’économie la moins développée des Balkans. Les relations sociales précapitalistes restaient largement intactes.

L’agriculture était dominée par de grands propriétaires terriens sous le système çiftlik [sorte de métayage, mais avec une dépendance plus forte du paysan par rapport au propriétaire, NdT], et le développement industriel était négligeable. Les structures tribales persistaient, en particulier dans les régions du nord du pays. Malgré des tentatives d’industrialisation et de réforme agraire dans les années 1930, ces efforts restèrent largement symboliques. Les antagonismes sociaux perdurèrent et la condition de la paysannerie s’aggrava. Le règne du roi Zogu prit fin en avril 1939, lorsque l’Italie occupa le pays.

 

Les groupes communistes albanais du milieu des années 1930

L’Albanie, en tant que périphérie de la périphérie européenne, représente un cas particulier dans l’histoire du communisme dans les Balkans. Pendant l’entre-deux-guerres, les problèmes les plus urgents du pays, qui préoccupaient les communistes et les autres courants progressistes, étaient les conditions misérables de la paysannerie pauvre et le danger imminent de la colonisation. La faiblesse des relations capitalistes et la quasi-absence d’une classe ouvrière industrielle constituaient un défi supplémentaire pour les communistes. De plus, sous le régime policier répressif du roi Zogu, ils avaient peu de possibilités de s’organiser. Contrairement aux autres pays des Balkans, le Parti communiste albanais ne fut fondé qu’en 1941.

Si le premier mouvement communiste albanais s’est formé en exil, après la défaite du gouvernement éphémère de Fan Noli en 1924, son impact à l’intérieur du pays a été limité.

Fan Noli (1882-1965) était un prêtre orthodoxe, écrivain et traducteur, né dans le nord de l’Albanie. Il avait fondé et animé des journaux albanais à New York. De juin à décembre 1924, après « la révolution de juin », il dirigera un gouvernement nationaliste, réformiste et progressiste visant une réforme de l’administration, une modernisation de l’éducation, ainsi que la promotion des droits civiques et de la liberté de la presse. L’échec de cette tentative le contraindra à l’exil, de même qu’un groupe d’intellectuels progressistes, dont certains subiront l’influence du communisme.

Au milieu des années 1930, plusieurs petits groupes communistes existaient en Albanie, mais ils n’avaient pas réussi à s’entendre sur un programme politique commun en vue d’une unification. Parmi ceux-ci, le Groupe Korça était le plus important. Il rassemblait des personnes aux idéologies disparates, allant des partisans de la ligne du Komintern à ceux plus proches des positions sociales-démocrates. Koço Tashko, qui avait étudié à Moscou avec plusieurs autres communistes albanais à la fin des années 1920, représentait l’orientation du Komintern au sein du groupe. Il faisait le lien entre l’ancienne génération de communistes albanais en exil et les nouveaux militants restés au pays.

Les groupes communistes actifs à Tirana ont subi une répression sévère de la part de la police de Zogu à la suite du soulèvement de Fier en 1935 et furent en grande partie démantelés.

Le « soulèvement de Fier » d’août 1935 a été mené par une organisation secrète, formée au printemps 1934, qui réunissait des forces de l’opposition républicaine, nationaliste et communiste, issues de différents milieux sociaux. Son échec déclencha une vague de répression dans le pays.

Le Groupe Zjarri, actif à Tirana, s’était formé au milieu des années 1930, à Athènes, autour d’Andrea Zisi. Ses membres se définissaient comme des « archiomarxistes ». Zjarri a adopté une posture politique passive tout au long des années 1930 et, pour des raisons programmatiques, il a refusé tant de rejoindre d’autres groupes communistes que de s’engager dans la pratique révolutionnaire.

L’archiomarxisti organosi , désignée ainsi d’après le nom de la revue Archive du marxisme, publiée de 1923 à 1925 et de 1927 à 1928, est un courant de la gauche radicale grecque de l’entre-deux-guerres qui forme l’Organisation communiste bolchevik-léniniste de Grèce en octobre 1930 et rallie l’Opposition de gauche internationale trotskyste, de 1931 à 1934, dont elle est alors la principale section.

Le Groupe de Shkodra, également formé au milieu des années 1930, estimait pour l’essentiel que les relations de classe en Albanie n’étaient pas encore mûres pour un mouvement communiste classique. Avant la domination coloniale, certains de ses membres croyaient même qu’une invasion italienne pourrait avoir des effets positifs en développant les relations capitalistes et le mouvement ouvrier. Parmi les membres du groupe figuraient deux Albanais du Kosovo, Fadil Hoxha et Emin Duraku. Ils servaient de lien avec le Parti communiste yougoslave (PCY), qui opérait lui aussi dans la clandestinité et qui était, tant sur le plan pratique que théorique, bien plus expérimenté que ses homologues albanais.

 

 

Le groupe de la jeunesse

C’est grâce à ce lien que deux émissaires yougoslaves, Dušan Mugoša et Miladin Popović, ont été envoyés en Albanie en 1941 pour mettre fin aux luttes fractionnelles entre les groupes et les unifier au sein d’un Parti communiste. Cependant, Mugoša et Popović ne représentaient pas le PCY à Tirana, mais plutôt le Komintern, comme ils l’ont clairement indiqué lors de la réunion [3]. Le parti a été fondé clandestinement dans une vieille maison de Tirana par les groupes susmentionnés, à l’exception du groupe Zjarri. L’un des groupes invités à la première réunion était le Groupe de la Jeunesse, au sein duquel Premtaj était actif en tant que jeune militant.

Comment devenir communiste dans un pays comme l’Albanie des années 1930 ? L’Albanie d’Ahmet Zogu, comme nous l’avons mentionné, était marquée par de profondes contradictions sociales. Dans un pays extrêmement arriéré où plus de 80 % de la population était analphabète, le régime dictatorial de Zogu, s’appuyant sur la protection italienne à l’étranger et le contrôle policier au niveau national, n’avait pratiquement pas modifié les relations sociales héritées de la fin de l’Empire ottoman, ni réussi à industrialiser le pays.

C’est pourquoi un secteur des jeunes cercles intellectuels méprisait le régime de Zogu. Ils critiquaient en même temps les intellectuels nationalistes petits-bourgeois qui cherchaient à préserver un leadership fort au nom de la résistance à une éventuelle domination coloniale de l’Italie. Animée par la haine des relations féodales, de la menace coloniale, du régime de Zogu et des intellectuels petits-bourgeois, une partie de la jeunesse s’est ainsi tournée vers le socialisme, largement poussée par des élans romantiques.

Une partie de la littérature de gauche était introduite clandestinement dans le pays. Au milieu des années 1930, avec son ami Anastas Lula et quelques autres, Premtaj avait créé une cellule communiste au sein de son école, qui allait intégrer plus tard le Groupe de la Jeunesse. Dans ses mémoires, rédigées en albanais en 1950, inédites dans d’autres langues, Sadik Premtaj cite le roman de Maxime Gorki, La Mère (très populaire parmi les intellectuels progressistes albanais malgré les tentatives répétées de Zogu pour l’interdire), comme la première rencontre qui « lui a ouvert les yeux sur le travail révolutionnaire ».

Il mentionne également que durant cette période, le Groupe de la Jeunesse a pu se procurer plusieurs ouvrages marxistes, notamment Le Capital, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, L’Anti-Dühring et L’État et la révolution. À cette époque, Luarasi a traduit L’Anti-Dühring en albanais et l’a diffusé parmi ses amis. Dans un autre mémoire, Premtaj raconte comment il est devenu un fervent antimonarchiste au milieu des années 1930, lorsque deux douzaines d’intellectuels et de commerçants ont été arrêtés en Albanie dans le cadre d’un prétendu complot d’assassinat contre le roi Zogu [4]. Il mentionne avoir découvert une brochure de Kropotkine en Albanie, qui s’est avérée être une révélation enthousiasmante pour lui.

Premtaj note aussi qu’une grande partie de la littérature marxiste circulait clandestinement en Albanie à l’époque. Son camarade, Anastas Luarasi, était un communiste plus expérimenté, issu du Groupe de Korça, qui l’aidera dans sa formation marxiste. Ils traduisaient et publiaient secrètement des ouvrages de Marx et Lénine, et même les écrits militaires de Trotsky, sans savoir que ce dernier était devenu persona non grata [5]. L’accent mis sur la traduction de la littérature marxiste en albanais et le renforcement de l’aspect théorique constituaient la caractéristique du Groupe de la Jeunesse.

 

La fondation du Parti et le rôle des émissaires yougoslaves

L’historiographie albanaise est encore déchirée par l’obsession de la formation du Parti communiste albanais et du rôle des émissaires yougoslaves dans celle-ci. Le récit le plus détaillé de cet épisode est fourni par l’ouvrage sans pareil de Kristo Frashëri, Historia e lëvizjes së majtë në Shqipëri 1878 – 1941 (L’histoire du mouvement de gauche en Albanie, 1878–1941). Frashëri (1920-2016), lui-même jeune communiste du Groupe de la Jeunesse lors de la formation du PCA, devint plus tard un éminent historien de l’Albanie socialiste. Dans son ouvrage, Frashëri consacre près d’une centaine de pages aux quelques nuits durant lesquelles le PCA fut formé, les relatant avec une précision mesurée.

Pendant plusieurs nuits, dans une petite maison de Tirana, dix-huit communistes se sont disputés et ont débattu avec ferveur de l’orientation politique et organisationnelle du futur Parti. Du choix d’une petite maison ottomane à Tirana pour la réunion, à l’aménagement de la pièce et à la logistique de cette rencontre clandestine ; en passant par les dynamiques tendues entre les participants (dont les Yougoslaves, Premtaj, Luarasi, Hoxha et Tashko) ; en passant par les langues utilisées pour communiquer, le sort des comptes rendus sténographiques et les débats houleux, parfois implacables et explosifs, qui devaient parfois être interrompus par le garde à l’extérieur, craignant que la police italienne ne surprenne ce vacarme ; jusqu’aux divisions idéologiques entre les groupes, aux attitudes de Mugoša et Popović envers les autres, et à leur préférence pour Hoxha, du groupe de Korça, comme chef du Parti, qu’ils considéraient comme un intellectuel épargné par les luttes fractionnelles antérieures : tout cela est présenté dans le livre de Frashëri dans une atmosphère presque cinématographique [6].

Lors de la première réunion du Parti, le conflit entre le Groupe de la Jeunesse et les Yougoslaves est devenu manifeste. Mugoša a critiqué l’« intellectualisme » du Groupe de la Jeunesse, en particulier l’importance qu’il accordait à la traduction de la littérature marxiste en albanais, ainsi que sa réticence à travailler directement avec les ouvriers. Dans ses mémoires ultérieures, Sadik Premtaj a clarifié cette question en affirmant que les Yougoslaves n’avaient pas compris la réalité sociale spécifique de l’Albanie, où la classe ouvrière était pratiquement inexistante. Dans de telles conditions, soutenait-il, les intellectuels devaient nécessairement jouer un rôle central dans la transmission des idées marxistes aux masses. La première composition de l’appareil du parti reflétait également les différences sociales entre les intellectuels (Enver Hoxha était à l’origine enseignant) et les ouvriers (Koçi Xoxe, purgé et exécuté en 1948, était ferblantier). Ironiquement, « l’aile ouvrière » fut principalement liquidée sous le règne de Hoxha.

Kasmi soutient que, grâce au rôle des émissaires yougoslaves, la première résolution du Parti communiste albanais (14 novembre 1941) a été rédigée sur la base du modèle yougoslave, qui était à l’époque stalinien. Selon lui, cela a marqué la véritable stalinisation du PCA et a constitué la source de la dissidence de Premtaj. Allant encore plus loin, Kasmi suggère que la structure organisationnelle héritée du PCY a servi de fondement aux purges que Hoxha a mené plus tard contre les membres du Parti.

 

Le combat d’Enver Hoxha contre « la fraction trotskyste »

Quelles que soient les limites de cette interprétation, il n’en reste pas moins que le PCA est né en tant que parti stalinien sans avoir eu la possibilité réelle de discuter de ses orientations politiques et organisationnelles. L’absence de mouvement ouvrier à cette époque et la nature clandestine de l’organisation ont contribué à la structure déformée du parti. Dans les conditions difficiles de l’occupation et face à l’urgence de la libération, aucune critique interne n’était tolérée. Premtaj et Luarasi, qui se montraient sceptiques par rapport à l’influence des émissaires yougoslaves, ont été rapidement exclus du Parti. Anastas Luarasi sera tué, tandis que Premtaj sera contraint de fuir à Paris en 1944.

Ce que révèle l’étude archivistique de Kasmi, c’est que le militantisme communiste de Premtaj s’est poursuivi en Albanie jusqu’en 1944, et que son exclusion du Parti ne lui est d’abord pas apparue clairement. En 1942, le Mouvement de libération nationale (MLN) a été formé à l’initiative du PCA, ce qui a nettement amélioré la situation en sa faveur. La même année, Sadik a été envoyé à Vlorë par le Comité central pour mener un travail de propagande. Là-bas, il a contribué à la création des premiers conseils dans les villages de la région de Vlorë, qu’il a désigné initialement sous le nom de « soviets ». Faisant suite aux critiques des émissaires yougoslaves, qui estimaient que ce n’était pas la stratégie la plus efficace pour rallier la paysannerie, il a été contraint d’abandonner ce terme.

Orateur doué, Sadik a réussi à attirer un grand nombre de paysans vers le Mouvement de libération nationale et à diffuser ce qui était perçu comme « ses idées ». Cela a été rendu possible en partie par le contrôle organisationnel relativement faible du Parti dans la région. Alarmé par son influence politique croissante, le PCA a lancé une campagne contre les éléments dits « trotskistes », une désignation visant notamment Sadik Premtaj et Anastas Luarasi. Entre janvier et septembre 1943, trente-deux membres du Parti ont été exclus en raison de leur soutien à Premtaj, de même que sept autres pour « inactivité » et « erreurs graves ».

La visite d’Enver Hoxha à Vlorë en mai 1943, entreprise dans le but d’« écraser la fraction de Sadik Premtaj », occupe une place centrale dans son livre Kur lindi Partia (Quand le Parti est né) [7]. À la suite de la campagne menée contre le district de Vlorë, vingt-cinq membres ont été exclus de la section locale, soit plus de 16 % de ses adhérents. Sept des personnes exclues ont été exécutées, tandis que quatre se sont enfuies à l’étranger.

Comme le montre également Kasmi, l’attaque d’Enver Hoxha contre Premtaj invoquait son soi-disant carriérisme personnel et servait à cacher le véritable contenu social et politique du conflit. Cependant, Sadik n’était pas le seul à critiquer la centralisation du Parti entre les mains de quelques figures. Sejfulla Malëshova, un communiste albanais chevronné, revenu de Moscou pour rejoindre le mouvement en 1943, avait immédiatement perçu que la concentration du pouvoir décisionnel excluait une participation plus large des membres et sapait la confiance envers les structures du Parti.

 

Quels étaient les véritables enjeux du conflit ?

Là où le livre de Kasmi est moins abouti, c’est dans l’évaluation des traditions politiques et de leurs transformations par rapport à des développements historiques concrets. Les positions de Malëshova et de Premtaj sont présentées dans le vide, comme une réaction morale et instinctive à l’injustice. La relation avec le Balli Kombëtar (Front national, ci-après BK) constitue l’enjeu le plus important de cette confrontation idéologique. Le BK était une organisation nationaliste, formée en 1942, qui entendait initialement s’opposer à l’occupation italienne en créant une large alliance nationale, incluant les propriétaires fonciers réactionnaires. Toutefois, il allait collaborer avec les fascistes pendant l’occupation allemande.

En août 1943, le BK organisa une réunion avec le Mouvement de libération nationale dans le village de Mukje. Connu dans l’histoire sous le nom d’Accord de Mukje, les deux parties convinrent initialement de coopérer contre les occupants. Mais l’alliance fut rapidement rompue par les communistes, et Enver Hoxha dut plus tard reconnaître son erreur à ce sujet. L’échec de l’accord de Mukje fait encore l’objet d’un débat animé parmi les historiens albanais. Ayant perdu son soutien au sein du NLM, Premtaj se rapprocha alors du BK, apparemment dans le but d’y créer un bloc communiste autonome.

Sa brève résolution de fin 1943, « La résolution de la véritable organisation communiste albanaise », constitue un témoignage important, mais peu connu de cet épisode. Qualifiant les méthodes du PCA de « terroristes à la fasciste », la résolution appelait à la création d’un nouveau « véritable » Parti communiste pour lutter à la fois contre les nazis et les traîtres internes, et à s’organiser en cellules. Par ailleurs, elle prônait une collaboration totale avec le BK, tant que le Parti n’était pas contraint de transiger sur ses principes. De plus, elle défendait la création d’une Albanie « indépendante, ethnique [ce mot a été ajouté plus tard au crayon] et démocratique » avec des réformes agraires et industrielles.

Kasmi interprète cela comme la preuve d’un projet communiste alternatif poursuivi par Premtaj, qui s’écartait de l’idéologie « stalinienne » rigide du PCA. Selon lui, cela reflétait une approche plus ouverte du nationalisme et un engagement plus éducatif auprès des masses. Le ton nationaliste et réformiste de la résolution de Premtaj et ses limites en vue d’un projet communiste « alternatif » ne sont pas vraiment discutés. La collaboration de Sadik avec le BK est par la suite devenue un sujet de critique au sein de l’historiographie communiste albanaise. En exil, Premtaj rejettera l’idée de cette collaboration et critiquera ouvertement le BK.

Le problème, cependant, c’est que Kasmi ne situe pas Premtaj au sein de courants politiques alternatifs ni n’explore les nuances entre ceux-ci. Au lieu de cela, il se contente de souligner que l’appel de la résolution à combattre les traîtres internes reflète l’influence grandissante du stalinisme sur Premtaj. Kasmi suggère que la tragédie de Premtaj réside dans la tension entre son désir de réforme et son recours aux méthodes traditionnelles. Le fait que Kasmi se concentre uniquement sur la structure organisationnelle l’amène à passer sous silence le contenu politique et la dimension stratégique de l’activité révolutionnaire dans le contexte des conditions sociales spécifiques à l’Albanie.

Contrairement à ce qu’il croit, le pluralisme dans la structure organisationnelle n’équivaut pas nécessairement à une critique du stalinisme. Sa dichotomie trompeuse (entre une structure stalinienne rigide et une structure non stalinienne décentralisée) découle en partie de la compréhension limitée que Kasmi a du stalinisme. Pour lui, il ne se révèle que dans la façon dont la situation postrévolutionnaire est gérée. Le stalinisme, soutient-il, vise à poursuivre la lutte des classes interne et les purges même après la révolution.

 

L’exil de Premtaj

Sadik Premtaj, ainsi que de nombreux autres socialistes, nationalistes, collaborateurs, etc., s’est enfui d’Albanie en 1944, avant la libération du pays. Après un périple à travers l’Italie et la France, avec l’aide des communistes italiens et français (qui n’avaient aucune idée des luttes internes au sein du PCA), il s’est installé à Paris en 1947, où il a passé le reste de sa vie, jusqu’en 1991. Il a alors travaillé comme nettoyeur dans une usine textile, puis comme métallurgiste, ensuite dans une compagnie d’assurance, et enfin à la FNAC, où il est resté employé jusqu’à sa retraite, en 1979 [8].Lorsqu’il s’est installé à Paris, une communauté de travailleurs immigrés albanais, arrivée en France pendant l’entre-deux-guerres pour des raisons économiques, y était déjà bien établie. Parmi eux se trouvaient également des exilés politiques, notamment les partisans de gauche de Fan Noli.

Alors que les groupes nationalistes et anticommunistes étaient devenus influents au sein de la diaspora albanaise, Premtaj refusa toute collaboration avec eux. Au lieu de cela, un an après son arrivée, il rejoignit la Quatrième Internationale, bien que les détails de son adhésion restent flous. Il est saisissant que le moment où Premtaj s’est finalement reconnu dans le mouvement trotskiste ne soit pas abordé par le livre de Kasmi. René Dazy en donne un indice en écrivant, que durant cette période, Premtaj avait rencontré deux ouvriers trotskistes dans l’usine où il travaillait, près de Paris, qui lui avaient donné à lire un exemplaire de La Vérité. Premtaj découvrit alors que ce journal partageait la critique du stalinisme qu’il avait développée au fil des ans.

Selon certaines sources, il aurait déclaré : « J’ai pris contact avec les trotskistes. J’ai longuement discuté avec l’un d’eux, Pierre Frank, et j’ai découvert que j’avais été en réalité un trotskiste, comme l’avaient affirmé les staliniens en Albanie [9] ».

 

Tentatives de contact avec Tito après sa rupture avec Staline

Le livre est plus convaincant dans les passages qui révèlent les tentatives de contact de Premtaj avec le Parti communiste yougoslave, après la scission entre Tito et Staline. Ironiquement, alors que sa principale dissidence, lors de la formation du CPA, avait été sa position critique envers l’intervention yougoslave, Premtaj envisageait désormais la possibilité d’une collaboration. En 1948, Vasil Gërmenji, un enseignant et homme d’État albanais qui s’était installé à Marseille en 1939, avait combattu dans la Résistance française et était ensuite devenu actif au sein de l’organisation du BK en exil, avait écrit à Premtaj pour évaluer les stratégies possibles pour les communistes albanais en exil et mécontents. Il suggéra que le soutien de la Yougoslavie pourrait être décisif pour renverser la situation politique en Albanie. Selon Gërmenji, dans un tel scénario, ils préserveraient les réformes sociales mises en œuvre par Enver Hoxha, autoriseraient les initiatives privées de manière contrôlée et élimineraient le régime policier.

Lors de sa rupture avec Tito, Staline aurait déclaré, selon Krouchtchev :
« Je n’aurai qu’à lever le petit doigt et il n’y aura plus de Tito ».
L’histoire allait lui donner tort.

 

Si Tito était disposé à envisager une telle proposition, répondit Sadik Premtaj à Gërmenji, il était prêt à se rendre à Belgrade pour négocier avec le PCY (pp. 196-197). Cependant, un obstacle majeur s’opposait à ce rapprochement : l’évaluation critique de Dušan Mugoša à l’égard de Premtaj et du Groupe de la jeunesse circulait en Yougoslavie. Dans le livre du partisan et historien yougoslave, Vladimir Dedijer, sur les relations communistes yougoslavo-albanaises, Premtaj était ainsi présenté sous un jour défavorable [10]. Il écrivit alors directement au Comité central du PCY pour demander de l’aide, déclarant sa loyauté envers le communisme et l’antistalinisme et réfutant les critiques formulées à son encontre par Mugoša. Il recommanda de consulter Xhavit Nimani et Fadil Hoxha, ses camarades albanais du Kosovo occupant désormais des postes élevés au sein du PCY, afin d’obtenir des informations précises sur son parcours historique.

Premtaj réitéra sa position critique envers l’Union soviétique et exprima son espoir que le PCY incarne l’avant-garde du prolétariat international. Il se déclara prêt à coopérer avec le PCY pour renverser la direction du PCA. Le PCY lui demanda de rédiger une autobiographie et l’interrogea sur ce qu’il était prêt à accomplir pour la Yougoslavie. Après plusieurs mois de silence, Premtaj écrivit également à Xhavit Nimani, sollicitant une aide fraternelle pour résoudre ces difficultés. Il semble toutefois qu’il n’ait jamais reçu de réponse [11].

Les espoirs de Premtaj de collaborer avec le PCY se sont avérés vains. Dans le même temps, ses tentatives ont suffi pour que le PCA le déclare agent yougoslave. Ce dernier surveillait de près Premtaj par l’intermédiaire de ses agents en France. En 1951, un émigré albanais vivant à Paris a tenté de l’assassiner sur ordre de responsables du PCA. Le seul trotskiste albanais a ainsi été frappé à la tête à coups de hache, échappant de justesse au sort de Trotsky. Le tueur à gages, Xhelal Bajrami, était un vétéran de la guerre civile espagnole. Il s’enfuit rapidement en Albanie après sa tentative, où il mourut quelques années plus tard. Il y eut au moins deux autres tentatives de ce type. La troisième aurait été planifiée par un Albanais nommé Koço Gjini qui, une fois à Paris, regretta sa décision et rentra au pays, où il fut incarcéré [12].

 

Les espoirs soulevés par le Rapport Krouchtchev de 1956

En 1956, alors que la déstalinisation était en cours dans le bloc de l’Est, Premtaj y a vu une nouvelle opportunité de transformation révolutionnaire en Albanie. En effet, le dégel de Khrouchtchev avait brièvement ébranlé même la bureaucratie albanaise. Les 14 et 15 avril 1956, lors du 20e Congrès du PCA, certains membres critiquèrent le provincialisme, la bureaucratisation, le népotisme, la violence croissante, les restrictions à la liberté d’expression et d’autres problèmes systémiques du Parti. Hoxha et sa clique reprirent pourtant rapidement le contrôle du Parti, purgeant et punissant les opinions critiques.

Kasmi note que, durant cette période, Premtaj, en tant que membre de la Quatrième Internationale, rédigea un appel aux communistes albanais. Il cite des documents d’archives provenant d’un dossier constitué spécifiquement sur Sadik Premtaj en Albanie, mais il ne précise pas où cet appel a été publié ou envoyé [13]. Quoi qu’il en soit, l’appel de Premtaj est très important, car il témoigne d’un certain niveau de maturité politique à ce stade. Dans ce texte, il appelait à une plus grande indépendance du Parti et des syndicats vis-à-vis de l’État ; à la formation de comités démocratiquement élus dans les usines ; à l’élimination des privilèges bureaucratiques ; à l’abrogation des lois réactionnaires, y compris celles entravant la libération des femmes ; à la liberté dans la création littéraire et artistique ; et à une politique étrangère véritablement révolutionnaire et internationaliste [14].

Dans une autre section de l’appel, Premtaj évaluait la réalité de l’Albanie de Hoxha. Tout en s’adressant aux masses albanaises, véritables artisanes de la révolution, il ne niait pas les transformations sociales positives que le pays avait connues. Il vaut la peine de citer sa déclaration dans son intégralité :

Malgré les lacunes, les erreurs, les fautes, les crimes, les privilèges et la déformation du régime socialiste par les bureaucrates staliniens, l’Albanie a néanmoins, grâce à l’économie planifiée, accompli en dix ans des progrès que les régimes pourris du passé n’auraient pas réalisés même en cinquante ans. La construction d’usines et de centrales électriques, la réforme agraire et la canalisation des eaux d’irrigation, la construction de routes et de ponts, l’augmentation du nombre d’écoles et la lutte pour éradiquer l’analphabétisme sont l’œuvre du nouveau régime en Albanie. La tragédie est que la bureaucratie a bien plus profité de tous ces progrès que le peuple lui-même. Pour bénéficier de ces progrès et aller encore plus loin, le seul remède est de purger le Parti et le gouvernement des bureaucrates staliniens.

Premtaj était convaincu que, derrière le rideau des staliniens privilégiés, il existait encore en Albanie de véritables communistes qui avaient besoin d’une avant-garde révolutionnaire pour réformer la bureaucratie politique. Il affirmait que l’échec jusqu’à présent de cette entreprise était dû au système répressif en vigueur dans le pays. À ce stade, il semble que Premtaj s’était familiarisé avec l’analyse de la Quatrième Internationale selon laquelle les régimes d’Europe de l’Est constituaient des États ouvriers déformés [des États structurellement assimilés à l’URSS, cette dernière étant considérée comme un État ouvrier bureaucratiquement dégénéré, NdT].

 

Premtaj après 1956

Après la reconsolidation de la bureaucratie en 1956, Premtaj perdit tout espoir de transformation politique en Albanie. Kasmi note qu’il se tourna alors vers d’autres enjeux au sein de la Quatrième Internationale, puis au sein du groupe formé par Pablo (Michel Raptis). Il ne donne toutefois pas plus de détails sur cette relation. Premtaj a-t-il été politiquement actif à quelque titre que ce soit après 1956 ? A-t-il maintenu des contacts avec d’autres personnalités politiques ? La période allant de 1956 à 1990 (lorsque son frère lui a rendu visite à Paris) n’est pas traitée par le livre de Kasmi. Cette omission met en évidence les limites des archives albanaises, qui n’ont probablement suivi Premtaj que tant qu’il représentait une menace pour le régime. Le livre ignore ainsi largement ses contacts non albanais et ses engagements à Paris.

Cette absence est toutefois symptomatique de l’historiographie albanaise contemporaine, souvent dominée par un empirisme grossier et un par un nationalisme méthodologique. Tout au long de l’ouvrage, Kasmi tente des analyses comparatives, mais elles demeurent abstraites et se contentent de suggérer des affinités transhistoriques entre les organisations communistes en Europe. Par conséquent, ses comparaisons sont superficielles et n’ont aucune portée explicative.

De plus, l’ouvrage ne répond pas vraiment à la question centrale qu’il soulève : qu’y avait-il de spécifiquement trotskyste chez Premtaj ? S’il s’agit de son engagement ultérieur au sein de la Quatrième Internationale, Kasmi ne parvient pas vraiment à cerner ce lien. S’il s’agit de sa poursuite d’un projet communiste oppositionnel, ancré dans une critique du stalinisme albanais, le livre ne situe pas clairement ce projet et ne le différencie des autres projets non staliniens, sociaux-démocrates, boukhariniens ou nationalistes. Cette lacune, comme indiqué plus haut, découle d’un traitement conceptuel insuffisant du stalinisme albanais, souvent réduit à l’autoritarisme et à l’absence de pluralisme interne au parti. Comme l’a observé Premtaj, le mouvement communiste albanais en était encore à ses balbutiements lorsqu’il a été contaminé par le stalinisme. Le livre de Kasmi ne vérifie ni n’explore cette thèse en partant des conditions sociales spécifiques de l’Albanie.

Aujourd’hui, l’histoire du PCA est souvent traitée comme un véritable spectacle dans les médias albanais. Il est très courant de voir des historiens officiels se livrer à d’interminables discussions conspirationnistes, dans des émissions de télévision, sur la création du Parti, sur l’accord de Mukje, sur l’ascension au pouvoir d’Enver Hoxha, sur l’espionnage des personnes, sur les ragots au sein de la bureaucratie stalinienne, sur les purges politiques, sur les correspondances secrètes, et sur bien d’autres sujets encore. Si l’analyse et la critique du régime stalinien suscitent une certaine fascination, on ne s’intéresse pratiquement pas aux outils théoriques ou conceptuels nécessaires pour le comprendre en tant que structure politique et sociale.

Les œuvres de Trotsky étaient bien sûr interdites au sein de l’Albanie « socialiste ». Pourtant, en dépit de la clarté de sa critique du stalinisme, ses idées n’ont pratiquement pas atteint le pays pendant la période « postcommuniste ». Un rapide tour d’horizon montre que presque aucune de ses œuvres n’a été traduite en albanais, à l’exception de ses rapports largement diffusés sur les atrocités commises par les Serbes contre les Albanais pendant les guerres balkaniques et de ses révélations sur les clauses secrètes du Pacte de Londres.

Il s’agit du Pacte de Londres d’avril 1915, signée par l’Italie et les puissances de l’Entente (Royaume-Uni, France, Russie). En échange de son entrée en guerre contre les Empires centraux, l’Italie se voyait promettre des gains territoriaux, notamment dans des régions peuplées en partie d’Albanais·es (comme certaines zones de la côte adriatique). Cela explique pourquoi sa révélation après la révolution d’Octobre, alors que Trotsky était commissaire du peuple aux Affaires étrangères, a marqué les débats politiques et historiques dans la région [NDT].

Il convient de garder à l’esprit ce vide absolu en lisant l’ouvrage de Kasmi sur Premtaj.

 

* Ce compte-rendu de Tevfik Rada est paru en anglais sous le titre « The Last Albanian Trotskyst » sur le site Historical Materialism. Traduction, illustrations et notes de Marx21.ch.

Références

Kaloçi, Dashnor 2017, Sadik Premtja : Historia e Panjohur e Një Disidenti (Sadik Premtaj : l’histoire méconnue d’un dissident), Onufri, Tirana.
Raptis, Michel 2000, « Le Printemps arrive aussi à Tirana », in Casciola, Paolo (éd.), Sadik Premtaj, Les Gangsters d’Enver Hoxha à l’œuvre : La Lutte entre stalinisme et trotskysme en Albanie, Quaderni Pietro Tresso, Florence.
Frashëri, Kristo 2006, Historia e lëvizjes së majtë në Shqipëri 1878–1941 (L’histoire du mouvement de gauche en Albanie 1878–1941), Akademia e Shkencave e Shqipërisë, Tirana.
Premtaj, Sadik 2000, « Au fil de ma mémoire », in Casciola, Paolo (éd.), Sadik Premtaj, Les Gangsters d’Enver Hoxha à l’œuvre : La Lutte entre stalinisme et trotskysme en Albanie, Quaderni Pietro Tresso, Florence.
Hoxha, Enver 1981, Kur lindi Partia (Quand le Parti a été fondé), 8 Nëntori, Tirana.
Prévan, Guy 2000, « Sadik Premtaj », in Casciola, Paolo (éd.), Sadik Premtaj, Les Gangsters d’Enver Hoxha à l’œuvre : La Lutte entre stalinisme et trotskysme en Albanie, Quaderni Pietro Tresso, Florence.
Alexander, Robert J. 1991, International Trotskyism, 1929–1985 : A Documented Analysis of the Movement, Duke University Press, Durham, Caroline du Nord.
Dedijer, Vladimir 1949, Jugoslovensko-albanski odnosi (1939–1948) : Na osnovu službenih dokumenata, pisama i drugog materijala (Relations yougoslavo-albanaises [1939–1948] : d’après des documents officiels, des lettres et d’autres sources), Borba, Zagreb.
Musta, Agim 2000, « Une tentative inconnue d’assassiner Sadik Premtaj », in Casciola, Paolo (éd.), Sadik Premtaj, Les Gangsters d’Enver Hoxha à l’œuvre : La Lutte entre stalinisme et trotskysme en Albanie, Quaderni Pietro Tresso, Florence.

Notes

 

[1] Pour une source assez récente sur Premtaj comprenant des copies de nombreux documents sur sa vie et son activité politiques : Kaloçi 2017.
[2] Raptis 2000, p. 28.
[3] Frashëri 2006, p. 178.
[4] Premtaj 2000, p. 20.
[5] Ibid. p. 21.
[6] Frashëri 2006, pp. 173-271.
[7] Hoxha 1981.
[8] Prévan 2000, p. 27.
[9] Cité dans Robert 1991, p. 33.
[10] Dedijer 1949.
[11] La lettre intégrale de Premtaj à l’ambassade yougoslave ainsi qu’à Xhavit Nimani se trouve dans l’ouvrage de Kasmi, aux pp. 198-202 et pp. 210-214
[12] Musta 2000, p. 33.
[13] Prévan indique que cet appel a été envoyé aux ambassades albanaises et aux organisations politiques albanaises. Prévan 2000, p. 28.
[14] Des extraits de l’appel sont publiés par Kasmi aux pp. 278-285.

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