Il y a 58 ans, Martin Luther King mourait assassiné. Son assassin, James Earl Ray, a été arrêté et condamné à la prison à perpétuité. Mais l’existence d’un complot avec la possibilité de complicités gouvernementales n’a pas été investigué jusqu’au bout…
Aujourd’hui, il vaut la peine de rappeler qu’il était plus radical que l’image fade et édulcorée que l’histoire mainstream donne de lui, réduite au seul « I Have a Dream », avec laquelle de nombreux Américain·es ont grandi. En réalité, un réseau oublié d’activistes radicaux a aidé King à apprendre à s’organiser — et à relier les droits civiques à la redistribution économique (marx21.ch).
MLK Jr. était politiquement radical. Il a passé ses dernières années à s’opposer au militarisme, à dénoncer le capitalisme et à exiger une redistribution économique massive. C’est pourquoi la définition de référence du socialisme donnée par Zohran Mamdani consiste à citer King : « Appelez cela démocratie, ou appelez cela socialisme démocratique, mais il doit y avoir une meilleure répartition des richesses au sein de ce pays pour tous les enfants de Dieu ».
Le dernier discours de Martin Luther King, le 3 avril 1968, à la veille de son assassinat donne la meilleure illustration de sa radicalité messianique et de la puissance de son expression (un bref extrait)
Et pourtant, même bon nombre des récits les plus favorables au « King radical » s’accrochent encore à un conte de fées américain bien connu : celui du Grand Homme qui avait tout simplement cela en lui — né avec un courage moral, parvenu à maturité dès sa naissance, puis faisant avancer l’histoire par la seule force de son charisme.
Cette histoire est fausse d’une manière spécifique qui importe pour la gauche d’aujourd’hui. Le radicalisme de King n’était pas une qualité personnelle. C’était le résultat d’un apprentissage au sein d’une tradition organisée — un réseau de socialistes, de militants syndicaux et d’éducateurs du mouvement qui accomplissaient le travail ingrat consistant à former des dirigeants, à bâtir des institutions, à rédiger des projets, à gérer la logistique, à enseigner la stratégie et à relier les revendications des droits civiques à la politique de classe quotidienne.
Il est regrettable que cet héritage institutionnel ait été si efficacement effacé que l’on en vienne à penser que King a inventé sa propre politique de façon isolée. En réalité, il a émergé au sein d’un réseau d’organisateurs socialistes et d’« écoles de mouvement » qui considéraient la justice raciale et la justice économique comme indissociables — et, surtout, qui considéraient l’organisation comme un métier que l’on pouvait enseigner.
Ce qui rend cet effacement si efficace, c’est en partie un mythe qui l’accompagne : celui selon lequel les premiers socialistes américains — en particulier ceux associés à l’ancien Parti socialiste –— « ignoraient la question raciale », point final, et n’auraient donc pas pu contribuer à semer les graines de la politique de masse de la lutte pour la liberté des Noirs. Il y a là un fond de vérité (l’histoire comporte des épisodes honteux de racisme et d’exclusion), mais c’est aussi une caricature qui réduit une tradition complexe à un homme de paille — et, comme par hasard, facilite la prétention selon laquelle le socialisme et l’antiracisme ne se seraient rencontrés que dans les années 1960, comme une sorte d’heureux hasard. En réalité, le mouvement socialiste américain — y compris d’anciens racistes comme Victor Berger — a, après 1917, attaqué avec force la suprématie blanche et l’empire plutôt que de s’y accommoder, établissant ainsi un héritage organisé qui a ensuite joué un rôle central dans la politique de MLK Jr.

Il ne s’agit pas ici de minimiser l’héroïsme ou l’action de King. King était extraordinaire. Mais si nous nous soucions du type de politique qu’il pratiquait — organisation de masse, discipline de mouvement et socialisme démocratique —, nous devons prêter attention à l’échafaudage qui l’a rendu possible.
Myles Horton et la Highlander School
Il est tentant de considérer le boycott des bus de Montgomery en 1955 comme la naissance instantanée du mouvement moderne des droits civiques : une femme courageuse refuse de se lever, un jeune pasteur prononce un discours, l’histoire bascule. Mais le boycott a réussi parce qu’il s’appuyait sur des années d’organisation : les réseaux de la NAACP, l’infrastructure des églises, la discipline syndicale et l’éducation politique.

Rosa Parks est souvent réduite à un simple symbole : couturière discrète, pieds fatigués, défiance spontanée. Mais Parks était une organisatrice sérieuse, une spécialiste de la stratégie militante, et une personne imprégnée des traditions du radicalisme interracial et de la solidarité syndicale. Sa décision de s’asseoir à l’avant du bus en décembre 1955 n’est pas venue de nulle part. Elle a été le fruit d’une formation, de relations et d’un parcours politique — notamment de son lien avec l’une des institutions militantes les plus importantes du XXe siècle : la Highlander Folk School.
Highlander, basée dans le Tennessee, était un centre de formation radical issu de la gauche syndicale des années 1930. Son fondateur, le socialiste Myles Horton, y voyait un lieu pour construire le pouvoir par la base — d’abord au sein du mouvement syndical, puis plus tard dans la lutte pour la liberté dans le Sud.
Myles Horton venait d’un monde où le socialisme était un courant concret de la vie de la classe ouvrière. Horton avait étudié auprès du socialiste chrétien Reinhold Niebuhr et, dans son autobiographie, il décrit avoir appris la politique auprès de personnes comme « le vieux socialiste, Joe Kelley Stockton », un ami d’Eugene Debs qui rendait le socialisme tangible par sa vie quotidienne généreuse et sa politique de lutte de classe acharnée.

Highlander, lancé avec le soutien financier de Niebuhr et du Parti socialiste, n’avait pas pour but de former des leaders charismatiques, mais de développer une capacité collective — d’apprendre aux gens ordinaires à analyser leur situation, à dialoguer au-delà des clivages et à agir ensemble.
Comme l’a dit Horton, Highlander existait pour que les gens n’attendent pas « un décret gouvernemental ou un Messie » pour améliorer leur vie. Sa pédagogie radicalement démocratique insistait sur le fait que « les meilleurs enseignants des pauvres et des travailleurs sont les gens eux-mêmes », et que l’objectif n’était pas de s’adapter à une société injuste, mais de la transformer.
Et bien qu’on l’oublie souvent aujourd’hui, l’ADN politique initial de Highlander était explicitement socialiste. Dans un appel aux dons, Horton décrivait l’objectif de Highlander comme « l’éducation pour une société socialiste » et il précisait clairement les engagements de l’école : elle existait « pour aider à créer un nouvel ordre social ».
Au départ, l’école était fortement axée sur le monde du travail — principalement les ouvriers blancs du textile et des mines dans les montagnes — mais Horton et son équipe se sont tournés vers la justice raciale à mesure qu’ils se heurtaient au système de domination fondamental du Sud. Horton a pris contact avec des organisateurs syndicaux noirs dans les années 1940 et, dès les années 1950, a réorienté « complètement » l’action de Highlander vers la lutte contre la ségrégation.
Rosa Parks et Montgomery
La relation de Rosa Parks avec Highlander est l’un de ces fils qui sont coupés de l’histoire parce qu’ils compliquent le mythe héroïque. Parks ne s’est pas contentée de se lancer à tâtons dans la résistance. Elle s’y est préparée.

Le pilier du mouvement de Montgomery, l’organisateur syndical noir E. D. Nixon, insistait sur le fait qu’une désobéissance civile efficace exigeait une « planification minutieuse » et « un noyau de dirigeants bien formés et disciplinés ». C’était la logique qu’on lui avait enseignée à Highlander : l’organisation d’abord, puis la perturbation. C’est ainsi que Nixon a pris des dispositions pour que Parks et d’autres militan·ets noirs locaux suivent une formation multiraciale intensive de deux semaines à l’école, en août 1955. Parks se souvint plus tard :
À Highlander, j’ai découvert pour la première fois de ma vie d’adulte qu’une société unifiée était possible, qu’il existait des personnes de races et d’horizons différents se réunissant dans des ateliers et vivant ensemble dans la paix et l’harmonie. C’était un endroit que j’étais très réticente à quitter. J’y ai puisé la force de persévérer dans mon combat pour la liberté, non seulement pour les Noirs, mais pour tous les opprimé·es.

Les « Clinton 12 » étaient un groupe de douze élèves afro-américains qui ont intégré en 1956 le lycée Clinton du Tennessee, jusqu’alors réservé aux Blancs. Ces élèves ont été parmi les premiers à participer à la déségrégation des écoles publiques du sud, de la maternelle à la terminale, à la suite de l’arrêt rendu en 1954 par la Cour suprême dans l’affaire Brown v. Noard of Education. Les « Clinton 12 » ont été victimes de discrimination et de violences, ce qui a poussé certains d’entre eux à quitter l’établissement et à déménager dans d’autres États [NdT].
Le boycott de Montgomery qui a suivi est important ici, non seulement parce qu’il a propulsé King, alors encore inconnu, au rang de leader national, mais aussi parce qu’il a constitué la première percée majeure du modèle d’action de masse du mouvement moderne des droits civiques : une discipline collective soutenue, une pression économique et une confrontation morale avec le pouvoir de Jim Crow. Cela a transformé la lutte, qui est passée de batailles judiciaires à une insurrection sociale. Les talents de King — sa voix, son sang-froid sous la pression, sa capacité à inscrire la lutte dans une perspective morale et démocratique — étaient bien réels. Mais le mouvement qui l’entourait lui apprenait également quel genre de leader il devait être.
Cet enseignement venait de personnes qui savaient déjà comment s’organiser. Et un nombre surprenant de ces personnes étaient issues de traditions socialistes et syndicales.
Bayard Rustin
Si l’on veut citer une seule figure qui a contribué à faire de King un organisateur de mouvement national plutôt qu’un simple leader local doué, Bayard Rustin est difficile à contourner. Rustin considérait l’organisation de masse non violente comme une technologie du pouvoir. C’était quelque chose pour lequel on s’entraînait, qu’on répétait, qu’on organisait et qu’on exécutait avec précision.
On se souvient parfois de Rustin comme de l’homme derrière la Marche sur Washington de 1963. C’est vrai, mais cela ne lui rend pas justice. Rustin n’était pas seulement un organisateur d’événements. C’était un stratège fort de plusieurs décennies d’expérience politique dans la construction de coalitions syndicales, dans la non-violence gandhienne, ainsi que dans la mise en place de structures et de discipline. C’était également un socialiste démocratique engagé. Comme il l’a formulé dans un rapport de 1958 sur son récent voyage à l’étranger : « Le problème en Europe — comme aux États-Unis — est l’absence d’un mouvement socialiste vital ».

Rustin a également contribué à façonner le cadre intellectuel et stratégique de Montgomery. Il a constamment poussé King et d’autres dirigeants à voir plus grand : ne considérez pas le boycott comme un conflit local ; considérez-le comme un modèle. Ne considérez pas la ségrégation comme un « problème du Sud » ; considérez-la comme une crise nationale de la démocratie. Et ne séparez pas les droits civiques des droits économiques.
Ce dernier point est crucial. La politique de Rustin s’inscrivait dans une tradition socialiste qui considérait le racisme comme indissociable de l’économie politique. Il était déterminé à passer de la protestation au pouvoir par le biais d’une politique majoritaire de la classe ouvrière.
C’est également là que la vie personnelle de Rustin a façonné ses engagements politiques. Il vivait ouvertement son homosexualité dans un milieu militant souvent hostile à l’homosexualité. Il a survécu à la répression, à la marginalisation et à la surveillance. Ces expériences ont renforcé son sentiment que la pureté morale ne suffit pas. Il faut une organisation suffisamment forte pour gagner.
King a beaucoup assimilé cela. Le « style King » que les gens admirent aujourd’hui — une clarté morale alliée à une organisation disciplinée et à une politique de large coalition — ne venait pas uniquement de la chaire.
Philip Randolph
Si Rustin a contribué à professionnaliser la stratégie, A. Philip Randolph a aidé à définir la relation du mouvement avec le monde du travail et la justice économique.
Randolph est devenu un dirigeant du Parti socialiste dans un milieu de Harlem qui fusionnait la lutte des classes avec une politique de libération des Noirs. À New York, lui et son compagnon de pensée Chandler Owen ont tenté d’organiser des syndicats, ont été licenciés pour avoir dit la vérité sur les bas salaires et, avec le soutien du journal de gauche Jewish Daily Forward, ont lancé The Messenger en 1917, qu’ils présentaient comme « le seul magazine noir radical d’Amérique ».
Le socialisme de Randolph était une façon d’interpréter le pouvoir et de le construire. Il estimait que la liberté des Noirs ne pouvait être conquise uniquement par des victoires judiciaires ou la persuasion morale, car la ségrégation était ancrée dans la domination matérielle : les emplois contrôlés par les patrons, le logement par les propriétaires et la politique par ceux qui détenaient le pouvoir économique. Cette conviction l’a poussé vers le terrain le plus difficile de la vie américaine — les luttes ouvrières noires — et vers la conviction que la démocratie exigeait un pouvoir économique pour les travailleurs.

La Brotherhood of Sleeping Car Porters de Randolph n’était pas simplement un syndicat prospère — fondé en 1925 pour syndiquer les milliers d’hommes noirs travaillant comme porteurs Pullman dans les chemins de fer, c’était le premier grand syndicat dirigé par des Noirs à obtenir une charte de l’American Federation of Labor. Elle est devenue un terrain d’entraînement pour une génération d’organisateurs issus de la classe ouvrière noire — dont E. D. Nixon à Montgomery — qui savaient comment faire pression sur les institutions, négocier collectivement et bâtir des organisations durables.
Randolph a également été le pionnier d’une tactique qui allait définir l’ère des droits civiques : la menace d’une action de masse comme moyen de pression. Sa proposition de Marche sur Washington en 1941 — visant à forcer le gouvernement fédéral à agir contre la discrimination dans les industries de défense — était un modèle d’utilisation de la mobilisation pour obtenir des concessions. Elle montrait qu’il n’était pas nécessaire d’attendre la bonne volonté. On pouvait forcer le changement.

En 1963, cette tradition de Randolph a culminé avec la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, un événement souvent édulcoré en un souvenir chaleureux d’un discours sur un rêve. Mais le cadre même de la marche était une déclaration : l’emploi et la liberté. Pas seulement des droits sur le papier, mais des revendications économiques.
Et le langage de Randolph était militant dans son insistance à aller de l’avant. Randolph déclara : « Cette marche ne sera pas arrêtée. Elle continuera. » Cette phrase était un avertissement à l’establishment politique que le mouvement s’intensifierait jusqu’à ce que ses revendications soient satisfaites.
Stanley Levison
Stanley Levison est peut-être le moins connu des principaux conseillers socialistes de King, mais son impact n’en fut pas moins significatif. Levison — présenté à King par Bayard Rustin pendant le boycott des bus de Montgomery — était un riche homme d’affaires et avocat juif au passé marxiste sérieux, quelqu’un que le gouvernement considérait comme un dangereux élément subversif. En effet, il était « un gauchiste pur et dur » et « un marxiste pur-sang » jusqu’à ce qu’il rompe officiellement ses liens avec le Parti communiste en 1956.
Comme le note son biographe, Levison a effectué une grande partie du travail en coulisses qui a rendu possible l’action de King. De 1955 à 1968, Levison « a conseillé King, levé des fonds pour lui, rédigé des articles et des discours à sa place, tenu sa comptabilité et souvent tiré King d’affaire ».

Cela ne signifie pas que Levison a « fait » King. Cela signifie que King évoluait au sein d’un système de soutien mis en place par des organisateurs chevronnés et des intellectuels radicaux — précisément le genre de système que les récits sur les « grands hommes » ont tendance à effacer.
Levison a également façonné le message de King de manière significative, notamment en ce qui concerne les questions de classe. Comme King l’a écrit dans son livre sur Montgomery, le mouvement syndical « doit concentrer ses puissantes forces sur l’émancipation économique des Blancs et des Noirs en les organisant ensemble dans l’égalité sociale ». La politique de Levison a joué un rôle déterminant sur ce point. C’était un marxiste ayant des liens réels avec le radicalisme syndical, quelqu’un qui considérait la structure économique comme la clé de la hiérarchie raciale. Et il a aidé King à articuler ce lien dans un langage accessible au grand public.
Levison a également apporté une sorte de discipline éthique qui a contribué à façonner les choix de King. Lorsque King envisagea une tournée de conférences lucrative, Levison s’écria : « Tu ne peux pas faire ça », et lorsque King lui demanda pourquoi, Levison répondit : « Parce que les gens à qui tu vas prêcher la non-violence sont trop pauvres pour payer tes conférences ». King acquiesça rapidement. C’est un petit détail, mais il souligne comment la vertu personnelle émergeait de la discipline politique — une discipline enracinée dans la culture du mouvement socialiste.

Une histoire oubliée
Si cette tradition socialiste avait tant d’importance, pourquoi est-elle si absente de la mémoire collective ?
Une réponse est la répression. Levison, Rustin et d’autres ont été pris pour cible par le FBI et par des politiciens qui pensaient que les droits civiques pouvaient être discrédités par leur association avec le socialisme. J. Edgar Hoover traitait Levison comme « M. X », une figure communiste censée avoir infiltré le cercle de King.
Une autre réponse réside dans la culture politique américaine. Beaucoup trouvent réconfortant de croire que le changement vient d’individus exceptionnels, et non d’une organisation. Cela réduit l’histoire à une biographie. Cela permet d’admirer King sans se demander quel type d’appareil collectif est nécessaire pour produire davantage de leaders comme lui et pour obtenir un véritable changement.
Et puis il y a le mythe concernant les premiers socialistes et la question raciale : l’idée que le socialisme est intrinsèquement aveugle au racisme, ce qui permet de considérer facilement l’influence socialiste sur King comme insignifiante ou accidentelle. Il y a eu de réels échecs et compromis au sein de la gauche socialiste et syndicale blanche. Mais il y a aussi eu des contributions profondes — les carrières de Randolph et Rustin en sont l’exemple le plus évident. Et leur politique provenait directement du Parti socialiste, qui avait opéré un virage antiraciste radical après la Première Guerre mondiale.
Le fait est que le mouvement de King s’est construit au sein d’un écosystème de gauche plus large qui considérait la justice raciale et la justice économique comme indissociables. Rien de tout cela ne réduit King à une marionnette. C’est tout le contraire. La grandeur de King ne résidait pas seulement dans le fait qu’il avait des conseillers. Elle tenait au fait qu’il écoutait, apprenait et évoluait. De nombreux dirigeants résistent à ce genre d’apprentissage. King l’a activement recherché.
Il a également choisi, à maintes reprises, d’accepter les risques liés à ces relations.
Rester proche de Rustin et Levison — tous deux cibles d’une répression intense — n’était pas sans danger. Ce n’était pas politiquement opportun. King l’a fait parce qu’il reconnaissait que les mouvements ont besoin de penseurs, de stratèges et de bâtisseurs, pas seulement de prédicateurs.
L’histoire du radicalisme de King n’est pas celle d’un génie solitaire. C’est l’histoire d’un leader doué qui s’est inscrit dans une tradition — et a contribué à en faire valoir les meilleurs instincts à l’échelle nationale.
MLK n’était pas un héros solitaire
Nous vivons à une époque où Donald Trump a contribué à replonger les États-Unis dans certains de leurs pires héritages de racisme, d’exclusion et d’oligarchie. Dans ce contexte, la bonne leçon à tirer de King est que la clarté morale doit être associée à l’organisation, à l’influence de masse et aux revendications matérielles.
L’idée la plus dangereuse de King n’a jamais été simplement que le racisme est mauvais. C’était que la démocratie exige une redistribution – ce que lui et son cercle ont de plus en plus présenté comme une sorte de socialisme démocratique en pratique : construire une société où les travailleurs ont le pouvoir, où les droits sont réels parce qu’ils sont soutenus par la sécurité économique, et où la lutte contre le racisme est indissociable de la lutte pour une vie meilleure pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs.
Cette vision n’est pas venue de King seul. Elle a été façonnée et affinée par une tradition socialiste plus large – à travers des figures comme Bayard Rustin, A. Philip Randolph, Myles Horton, Rosa Parks et Stanley Levison – qui lui ont appris à s’organiser, à penser de manière structurelle et à relier la lutte pour la dignité à la lutte pour la liberté matérielle pour tous.
* Cet article est paru sur le site Labor Politics, le 19 janvier 2026. Notre traduction de l’anglais.


