Profitant de ce qu’ils considèrent comme une opportunité exceptionnelle, alors que la dictature théocratique iranienne est ébranlée par le soulèvement populaire de janvier et que ses alliés régionaux sont considérablement affaiblis, Trump et Netanyahu ont lancé une agression aérienne « prolongée », le 28 février. Bien que ces attaques visent, selon eux, à éliminer les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran, elles se situent en fait entre une tentative de changement de régime et une perche tendue au pouvoir des mollahs décapité en vue d’une collaboration avec les États-Unis sur le modèle du Venezuela. Un coup de poker à haut risques…
À ce propos, nous publions les deux analyses à chaud de Kevin B. Anderson et de Gilbert Achcar (J.B.).
L’arrogance impériale après un soulèvement populaire
par Kevin B. Anderson
Avec leur attaque surprise machiavélique – menée en plein milieu des négociations – et l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei dans sa résidence, ainsi que d’autres dirigeants du régime et des membres de sa famille, ils ont commis au moins trois crimes de guerre majeurs : le déclenchement d’une guerre d’agression, des attaques contre la population civile et l’assassinat des dirigeants politiques et militaires d’une nation souveraine. Cela constitue également un précédent pour les autres puissances impérialistes et sous-impérialistes partout dans le monde.

Bien sûr, il n’est pas surprenant que de nombreux secteurs de la population iranienne aient exprimé leur joie à la mort du meurtrier Khamenei, qui, en janvier, avait donné son feu vert au massacre d’au moins 7 000 de ses concitoyen·nes, qui avaient osé se battre pour la démocratie et la fin de 47 ans d’autoritarisme théocratique. Mais nous devons nous demander, comme le font également de nombreux Iranien·nes, ce que les États-Unis et Israël ont en tête pour leur pays, derrière des discours sur la destruction d’une République islamique « maléfique » et la dissipation de ses menaces violentes contre la région et le monde. Prononcées par les auteurs du génocide contre la population palestinienne de Gaza et d’une nouvelle forme d’impérialisme fasciste dans les Amériques, leurs revendications humanitaires va au-delà de l’« hypocrisie ».
Les États-Unis et Israël ont fait preuve d’une incroyable maîtrise technique en réussissant à assassiner d’un seul coup non seulement le guide suprême de l’Iran, mais aussi de nombreux autres hauts dirigeants. Ceci d’autant plus que ces dirigeants avaient été prévenus de la possibilité de tels assassinats surprise par le précédent des attaques de précision israéliennes en 2024 contre les hauts dirigeants du Hezbollah, allié de l’Iran, dans leur quartier général secret au Liban, et contre des représentants du Hamas dans des sites gouvernementaux hautement sécurisés en Iran même.
À ce stade, les États-Unis et Israël sentent la victoire possible contre leurs adversaires dans la région et semblent croire que le moment est venu, selon l’expression meurtrière de Netanyahu, de « les achever ». Et il est certain que ce sentiment de victoire a été renforcé par les assassinats du 28 février. Mais le facteur le plus important réside ici dans la façon dont tout cela sent l’arrogance impériale, non seulement de la part du petit Israël, mais aussi de la part de la gigantesque superpuissance américaine, le plus grand colosse militaire au monde. Car, jamais dans l’histoire, des frappes aériennes de ce type n’ont renversé un gouvernement sans le recours à des troupes terrestres envoyées par la puissance impérialiste (comme en Irak) ou à une force rebelle armée bien organisée (comme en Libye).
Même si Trump est confronté à une opposition sociale et politique croissante dans son pays, notamment en raison des révélations en cascade des dossiers Epstein, il continue d’étendre son emprise impériale.
À l’heure qu’il est, cela se produit simultanément dans trois grandes régions :
(1) Les États-Unis ont déployé un certain nombre de navires de guerre pour contrôler le Venezuela, transformé en une sorte de protectorat prédateur, tout en formant ce qui équivaut à un blocus autour de Cuba, la privant ainsi des approvisionnements en pétrole indispensables au fonctionnement de toute société moderne.
(2) Il a initié un conflit ouvert avec l’Iran, qui compte 90 millions d’habitants.
(3) Trump a mis en place un « Conseil de paix » pour administrer la bande de Gaza après le génocide israélien, auquel participent Israël ainsi que des États arabes et musulmans, mais pas les Palestiniens. De plus, il a exprimé son intention de développer ce Conseil, sur lequel il dispose d’un droit de veto exclusif, pour en faire une alternative aux Nations unies.
L’Iran au lendemain du soulèvement populaire de 2026
Au moment où nous écrivons ces lignes, les États-Unis pensent avoir mis l’Iran au tapis. Ils pensent pouvoir contenir un soulèvement populaire dont l’ampleur et la portée dépassent tout ce que le pays a connu depuis la révolution de 1979. En janvier, le régime théocratique a réussi à chasser la population des rues au prix d’au moins 7 000 morts et 40 000 arrestations.

Le soulèvement de 2026, véritablement massif et déterminé, a réuni deux courants majeurs de l’opposition récente : les soulèvements plus classistes et ruraux de 2017 et 2018-2019, motivés par des revendications économiques, et le gigantesque mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022-2023 « Femmes, vie, liberté » de 2022-2023, qui a uni les revendications pour la fin des restrictions théocratiques imposées aux femmes aux troubles dans deux régions habitées par des minorités opprimées, le Kurdistan et le Sistan-et-Baloutchistan.

En ce sens, l’opposition a mûri et s’est approfondie en janvier, englobant de très larges secteurs de la société, y compris la grande majorité des travailleurs·euses. Cependant, contrairement à « Femme, vie, liberté », ce soulèvement n’a pas proposé de slogans en positif pour l’avenir. Cela s’explique en partie, mais pas entièrement, par sa durée très brève, un peu plus d’une semaine seulement, avant d’être réprimé par des tirs.
Une autre caractéristique qui distingue le soulèvement de 2026 a été son contexte économique, celui d’une monnaie en chute libre et d’autres problèmes économiques graves, bien pires que ceux déjà rencontrés lors des soulèvements de 2017 et 2018-2019. L’effondrement économique de 2025-2026 frappe le cœur même du régime et a plongé une grande partie de la population dans le désespoir. Face à cette détresse, le régime a manifestement décidé qu’il devait sévir plus durement que par le passé pour contenir le mouvement.
Dans le même temps, le soulèvement de 2026 contre la République islamique a été marqué par de profondes contradictions, notamment le soutien de certains milieux à Reza Pahlavi, le fils choyé du shah renversé en 1979. Pahlavi bénéficie de ce soutien malgré ses positions antiféministes, antikurdes, pro-Trump, pro-Netanyahu et autres positions réactionnaires. Mais comme les Pahlavi ont été écartés du pouvoir depuis 47 ans, période durant laquelle diverses autres formes d’opposition au régime ont vu le jour sans jamais parvenir à le libéraliser, une touche de nostalgie a pu occulter la réalité de leur régime oppressif.

Si ce partiel retour en grâce est dû en partie à une manipulation médiatique de l’étranger, sans parler de son organisation et de son financement par les États-Unis et Israël, cela reflète également le virage néofasciste de la droite qui touche de nombreux pays à travers le monde à un moment où la gauche est vaincue ou reléguée à une position défensive.
Le mouvement social face à un régime assassin
Cela dit, de réelles ouvertures en faveur de la démocratie et de la justice sociale sont également à l’ordre du jour en Iran, comme on l’a vu notamment dans le « Mouvement des femmes, de la vie et de la liberté » de 2022-2023, qui a exprimé dans l’ensemble un programme émancipateur plus proche des aspirations de la gauche mondiale que de celles de Pahlavi et de ses semblables.
On le voit également dans les manifestations courageuses organisées fin février par des étudiant·es, qui ont notamment formulé un slogan dirigé à la fois contre le régime et contre Pahlavi : « Pas de monarchie, pas de guide suprême ».
Si le mouvement populaire a gagné en force et en profondeur au cours de la dernière décennie, même en tenant compte de ces profondes contradictions, le régime a également évolué. Beaucoup remarquent que la génération 2026 du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de la milice Basij [force paramilitaire instituée en 1979 par l’ayatollah Komeini dans le contexte de la guerre avec l’Irak, NdT] est beaucoup plus brutale et cruelle envers la population que ses prédécesseurs.

Pour en comprendre la raison, il faut noter que pendant les années 2010, les forces du régime iranien, comme le RPGC, ont combattu pendant de nombreuses années en Syrie. Là-bas, elles ont participé et tiré les leçons du massacre de quelque 500 000 personnes par le régime d’Assad afin de réprimer le soulèvement populaire de 2011, ce qui lui a permis de rester au pouvoir jusqu’en 2024.
Le renversement du régime d’Assad en 2024 face à l’agitation populaire et à l’effondrement dû à la corruption interne et à la mauvaise gestion, la défaite du Hamas face à la campagne militaire génocidaire d’Israël à Gaza en 2025 et la décimation du Hezbollah libanais par Israël en 2024 ont laissé l’Iran sans alliés et donc plus isolé dans la région qu’à aucun autre moment au cours du siècle dernier.
Cela a particulièrement affecté le régime, étant donné qu’il y a seulement trois ans, il exerçait une certaine domination sur toute une région parfois appelée le croissant chiite, s’étendant de l’Irak à la Syrie et au Liban, puis jusqu’au Yémen, avec ses alliés musulmans sunnites, le Hamas et le Jihad islamique en Palestine. Depuis des millénaires, la puissance iranienne n’avait jamais atteint une telle ampleur en Méditerranée. Bien que le régime iranien actuel n’ait jamais été plus qu’une puissance sous-impérialiste, son poids économique et militaire restant limité, il souffrait lui aussi d’une sorte d’orgueil impérialiste. Ces prétentions ont été brutalement anéanties à la fin de 2024.
Et maintenant…
Tout cela a certainement donné aux masses iraniennes le sentiment que le régime entrait dans sa phase finale. Après le soulèvement de cette année, l’antagonisme entre ces masses et le régime a atteint un point de non-retour. Il est à présent probablement irrévocable. Mais même si beaucoup dans la rue peuvent croire que la chute du régime est désormais à l’ordre du jour, cela est loin d’être clair.
En fait, le fait qu’aucune partie de l’appareil sécuritaire et militaire ne se soit ralliée au peuple suggère que le régime pourrait survivre sous une forme ou une autre. Comme mentionné ci-dessus, les frappes aériennes américano-israéliennes ne peuvent à elles seules le renverser. De plus, les objectifs des États-Unis restent flous, surtout si l’on considère ce qui s’est passé au Venezuela, où ils sont parvenus à un compromis avec certaines factions du régime Maduro. Veulent-ils vraiment que le soulèvement populaire en Iran aboutisse ?

Quoi qu’il en soit, le soulèvement de janvier et les frappes aériennes de février-mars ont signalé que l’Iran et la région sont entrés dans une véritable phase de transition.
Face à cette situation, la gauche mondiale doit reconnaître ces nouveaux développements, qui comprennent :
(1) un niveau sans précédent de protestations populaires en Iran, le plus profond depuis la pandémie de COVID ;
(2) un nouveau type d’impérialisme imprudent, violent et teinté de fascisme, encouragé par de nouvelles armes de surveillance et d’assassinat effrayantes et prêt à parler ouvertement de conquête, de domination et d’extraction forcée des ressources.
Tout en nous concentrant sur ces nouveaux éléments, nous devons également nous appuyer sur les principes de longue date qui ont guidé la gauche, tels que le soutien à l’émancipation des femmes, des minorités ethniques et sexuelles opprimées et de la classe travailleuse dans son ensemble ; l’anti-impérialisme et le soutien à l’indépendance et à la souveraineté nationales ; et enfin, la vision d’une société sans dictateurs, sans rois, sans pouvoirs théocratiques et sans monarques, non seulement à la têt de l’État, mais aussi à la tête de nos familles, se nos communautés et de nos lieux de travail, ce qui ne peut être pleinement réalisé qu’avec l’abolition du capitalisme sur une base humaniste.
Dans le contexte actuel de l’Iran, cela signifie une opposition ferme tant aux attaques vicieuses des États-Unis et d’Israël qu’au régime réactionnaire et théocratique de la République islamique.
* Cet article a été publié le 1er mars 2026 sur le site de l’International Marxist-Humanist organization. Notre traduction de l’anglais et nos intertitres.
Kevin B. Anderson est professeur de sciences sociales à l’Université de Santa Barbara, Californie. Il est notamment l’auteur de nombreux livres sur la pensée de Marx.
Quels sont les objectifs de Trump en Iran?
par Gilbert Achcar
Comme nous l’avions prédit il y a une semaine, et compte tenu de l’intransigeance persistante du régime iranien – son refus de s’engager à mettre fin à l’enrichissement d’uranium et de négocier des limites à son programme de missiles balistiques –, celui-ci était confronté « au risque d’une frappe militaire qui pourrait créer une situation menaçant l’ensemble du régime et qui pourrait finalement conduire à la destitution de Khamenei d’une manière ou d’une autre ».
Voilà ce qu’écrivait Gilbert Achcar dans un post du 24 février dernier, quatre jours avant l’agression terroriste israélo-états-unienne. Il ne s’était pas trompé…
« Le président américain pensait que la puissance navale et aérienne massive qu’il avait déployée autour de l’Iran suffirait à forcer Téhéran à se soumettre et à faire les concessions qu’il cherchait à imposer. Ce faisant, il a agi conformément à sa politique qui ne vise pas à changer le régime, comme l’a fait l’administration George W. Bush en Irak, mais à imposer sa volonté aux régimes tout en préservant leurs structures fondamentales…
Trump pourrait cependant en venir à croire que Khamenei est le principal obstacle à la satisfaction de ses exigences par le régime iranien, tout comme il en est venu à croire que le président vénézuélien Nicolás Maduro était l’obstacle à l’imposition de la volonté de Washington, ce qui l’a conduit à ordonner l’enlèvement de Maduro.
Cela signifie que la « frappe limitée » que l’administration Trump menace de lancer contre l’Iran est probablement destinée à viser spécifiquement Ali Khamenei, ainsi que les chefs des « partisans de la ligne dure » du régime iranien, dans l’espoir que leur élimination ouvrira la voie à la soumission de Téhéran à la volonté de Washington.»
Nous avions conclu que la frappe américaine imminente était « prévue pour cibler spécifiquement Ali Khamenei, ainsi que les chefs des partisans de la ligne dure du régime iranien, dans l’espoir que leur destitution ouvrirait la voie à la soumission de Téhéran aux desiderata de Washington ». (« Un jeu de poules mouillées entre Washington et Téhéran ? » [en arabe], Al-Quds Al-Arabi, 24 février 2026).
Changer le cours du régime
Nous avons également expliqué comment l’approche de Donald Trump à l’égard de l’Iran s’inscrit dans le cadre de la stratégie qu’il a mise en œuvre avec succès au Venezuela, qui consiste à « changer le comportement du régime » plutôt qu’à « changer le régime » lui-même, comme l’administration George W. Bush a cherché à le faire en envahissant l’Irak en 2003 (voir « États-Unis : une vieille-nouvelle doctrine impériale », Le Monde diplomatique, février 2026).
Une différence significative entre le Venezuela et l’Iran réside toutefois dans le fait que Washington entretenait des relations avec des personnalités clés du régime vénézuélien et pensait qu’elles se plieraient à ses exigences une fois soumises à une pression intense et après le renversement de leur président, Nicolás Maduro, par son enlèvement. En Iran, en revanche, le régime exerce un contrôle et une surveillance beaucoup plus stricts sur ses dirigeants, ce qui réduit considérablement le risque que l’un d’entre eux parvienne à un accord secret avec Washington. De plus, l’enlèvement du Guide suprême de la République islamique d’Iran n’était pas une option envisageable, et son élimination seule n’aurait de toute façon pas suffi à modifier la trajectoire du régime.
C’est pourquoi l’opération américaine contre l’Iran est beaucoup plus vaste et complexe que celle qui visait le Venezuela. Quel est donc l’objectif de l’administration Trump en Iran ? Il convient de rappeler qu’il ne s’agit pas d’un « changement de régime », malgré l’insistance de ceux qui ne comprennent pas la grande différence entre cette politique – illustrée par l’occupation de l’Irak – et les opérations militaires à grande échelle.

Le pari de Washington
L’offensive actuelle ne s’accompagne d’aucune intention d’occuper l’Iran (même en supposant qu’une telle occupation soit possible, étant donné qu’elle nécessiterait un effort militaire plus proche des guerres de Corée et du Vietnam que de l’occupation d’un Irak très affaibli en 2003, ce que l’administration américaine n’est ni politiquement capable ni disposée à entreprendre). Tout ce que Trump a fait jusqu’à présent semble cohérent avec l’approche décrite ci-dessus, allant même jusqu’à rassurer la colonne vertébrale du régime iranien – le Corps des gardiens de la révolution – en lui garantissant une « immunité totale » s’il met fin à la guerre et se soumet à la volonté de Washington.
Cela suggère que le pari de Washington en Iran repose sur l’espoir plutôt que sur la certitude, contrairement à ses calculs au Venezuela. L’administration Trump parie qu’une pression militaire écrasante, combinée à l’élimination de plusieurs dirigeants, dont le chef de l’État, fera pencher la balance en faveur des « modérés » pragmatiques et non idéologiques.
Il s’agit de personnalités qui estiment que la préservation du régime des mollahs nécessite désormais d’abandonner la posture de « résistance » et de « fermeté », de renoncer aux ambitions expansionnistes régionales et de poursuivre l’ouverture politique et économique envers les États-Unis. Un tel changement, pensent-ils, permettrait à l’Iran de retrouver le chemin du développement économique, pour lequel il possède un potentiel considérable. Il prolongerait également la durée de vie du régime et diminuerait l’opposition populaire, surtout s’il s’accompagnait d’un assouplissement significatif de la répression qui pèse sur la vie quotidienne, en particulier pour les femmes.

L’étau s’est resserré autour du régime des mollahs au point qu’il ne peut plus poursuivre sa voie antérieure, à moins que les partisans de la ligne dure ne choisissent de transformer le pays en une dictature absolue, isolée et appauvrie, à l’image de la Corée du Nord. Ce scénario ne peut bien sûr être exclu, même si le peuple iranien s’est montré beaucoup moins sensible à l’endoctrinement et à la soumission que la population de ce malheureux pays.
Israël mise au contraire sur l’effondrement du régime
C’est là que réside la différence fondamentale entre les objectifs de l’administration Trump en Iran et ceux du gouvernement sioniste, voire de l’État sioniste. Netanyahu a appelé à plusieurs reprises le peuple iranien à renverser le régime et a ouvertement exprimé son désir de voir restaurer la dynastie Pahlavi, renversée par la révolution iranienne de 1979, représentée par Reza Pahlavi, fils du Shah déchu. Washington, cependant, n’a pas soutenu le fils du Shah, tout comme il n’a pas soutenu le leader de l’opposition vénézuélienne, jugeant les deux incapables de gouverner leurs pays respectifs.
Son objectif principal est que le régime iranien, dont les structures fondamentales sont intactes, coopère avec les États-Unis à l’instar des autres alliés régionaux de Washington. Il craint l’effondrement du régime, conscient qu’une telle issue conduirait probablement à un chaos armé et à une fragmentation, entraînant une instabilité extrême dans la région du Golfe, ce qui serait totalement contraire aux intérêts de Washington, et même aux intérêts personnels et familiaux de Trump (sans parler de ceux des familles Kushner et Witkoff).

En revanche, le gouvernement sioniste est favorable à un tel effondrement, qui s’inscrit dans le cadre du plan sioniste de longue date visant à fragmenter l’ensemble du Moyen-Orient (voir « Reviving the Zionist Project to Fragment the Arab East », 22 juillet 2025) et renforcerait l’image de l’État d’Israël comme « une villa dans la jungle », comme l’a un jour décrit l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, faisant écho au fondateur du sionisme moderne, Theodor Herzl, qui promettait que « l’État des Juifs » qu’il envisageait serait « un avant-poste de la civilisation face à la barbarie », empruntant le vocabulaire colonial.
Entre-temps, l’État sioniste a surpassé tous les autres États de la région en matière de barbarie par la guerre génocidaire qu’il a menée – et continue de mener – à Gaza.
* Notre traduction de l’anglais d’après le site de Gilbert Achcar. Nos intertitres. L’original arabe a été publié dans Al-Quds al-Arabi, le 3 mars 2026.
Gilbert Achcar est l’auteur de nombreux livres, en particulier sur le Moyen-Orient. Il est professeur en études du développement et en relations internationales à l’École des études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres.


