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Vendredi 10 avril, le pape Léon XIV déclarait sur X : « Dieu ne bénit jamais aucun conflit. Quiconque est un disciple du Christ, le Prince de la Paix, n’a jamais été du côté de ceux qui hier brandissaient l’épée et aujourd’hui larguent des bombes ». En réalité, depuis un an au moins, les désaccords entre le chef du Vatican et celui de la Maison-Blanche ne cessent de s’approfondir… (JB)

Christopher Hale, chroniqueur catholique états-unien, affirme avoir obtenu la confirmation que le Pentagone de Trump avait menacé de déclarer la guerre au Vatican. « En janvier, à huis clos au Pentagone, le sous-secrétaire à la Guerre chargé de la politique, Elbridge Colby, a convoqué le cardinal Christophe Pierre — alors ambassadeur du pape Léon XIV aux États-Unis — et lui a fait la leçon », a déclaré Hale.

Elbridge Colby n’est pas un marginal. Petit-fils de l’ancien directeur de la CIA, William Colby, il a été nommé directeur du programme de défense au Center for a New American Security (CNAS). En 2019, il a cofondé la Marathon Initiative, un think tank spécialisé dans la grande stratégie, avec A. Wess Mitchell. En décembre 2024, Donald Trump a nommé Colby au poste de sous-secrétaire à la Défense chargé de ses aspects politiques. Colby estime que la Chine représente le principal danger pour les États-Unis et défend une réduction de l’aide à l’Ukraine. Sa nomination a été soutenue par J. D. Vance et Charlie Kirk, NdT.

« L’Amérique dispose de la puissance militaire nécessaire pour faire tout ce qu’elle veut dans le monde », ont déclaré Colby et ses collaborateurs au cardinal. « L’Église catholique ferait mieux de se ranger de son côté. » Alors que la tension montait dans la pièce, Hale a déclaré avoir confirmé qu’un responsable américain « s’était emparé d’une arme du XIVe siècle et avait invoqué la papauté d’Avignon, cette période où la Couronne française avait utilisé la force militaire pour plier l’évêque de Rome à sa volonté ».

Au début du XIVe siècle, le roi de France Philippe IV le Bel s’oppose violemment au pape Boniface VIII, notamment sur des questions de pouvoir et de fiscalité (le roi veut taxer le clergé, ce que le pape refuse). Cette tension culmine en 1303 avec un épisode célèbre : des agents du roi se rendent en Italie, capturent temporairement le pape à Anagni. Boniface VIII est maltraité et humilié, avant d’être libéré quelques jours plus tard. Il meurt peu après, affaibli par l’épisode, NdT.

Hale a déclaré que le rapport confirmait que le Vatican avait eu raison de refuser l’invitation de la Maison Blanche adressée au pape Léon XIV [le 19 mai 2015, NdT] pour le 250e anniversaire des Etats-Unis en 2026, deux semaines après cette confrontation. [Le 4 juillet 2026, le pape se rendra à Lampedusa pour une visite pastorale centrée sur la condition des migrant·es fuyant la pauvreté, les persécutions et les conflits, NdT]

Citant un article du Free Press, un journaliste a obtenu des témoignages de responsables du Vatican et des États-Unis informés de la réunion au Pentagone. Selon ses sources, l’équipe de Colby a décortiqué ligne par ligne le discours sur l’état du monde prononcé par le pape en janvier et l’a interprété comme un message hostile visant directement le président Donald Trump. Hale a déclaré que ce qui « les avait le plus mis en rage », c’était la déclaration de Léon selon laquelle « une diplomatie qui favorise le dialogue et recherche le consensus entre toutes les parties est en train d’être remplacée par une diplomatie fondée sur la force ».

« Le Pentagone a interprété cette phrase comme un défi frontal à la soi-disant “doctrine Donroe” — la version actualisée par Trump de la doctrine Monroe, affirmant la domination américaine incontestée sur l’hémisphère occidental », a déclaré Hale. Hale a déclaré que le cardinal avait assisté à la conférence en silence, mais a ajouté que « depuis ce jour, le Saint-Siège n’a pas cédé d’un pouce ».

Les relations conflictuelles entre l’administration Trump et l’Église catholique marquent une rupture significative avec les alliances traditionnelles entre les républicains et l’Église. Alors que Trump s’est assuré un soutien électoral catholique substantiel en 2016 et 2024 en défendant des causes sociales conservatrices telles que les restrictions à l’avortement, son approche en matière de politique étrangère et sa rhétorique ont de plus en plus aliéné les dirigeants de l’Église.

Le pape Léon XIV s’est positionné comme un contrepoids moral à l’agressivité géopolitique de Trump, prônant systématiquement une diplomatie fondée sur le dialogue plutôt que l’intervention militaire. Ce choc philosophique s’est intensifié au cours du second mandat de Trump, en particulier lorsque son administration a adopté des positions plus bellicistes sur l’Iran, les relations commerciales et l’immigration — des questions sur lesquelles l’enseignement de l’Église met l’accent sur la compassion, le dialogue et le respect de la dignité humaine.

Le Vatican, par la voix du pape Léon XIV, a réagi très fermement et publiquement à la menace de Donald Trump d’« anéantir la civilisation iranienne ». Le pape a qualifié cette menace de « vraiment inacceptable », insistant sur le fait qu’elle vise tout un peuple, y compris des civils innocents. Il a aussi souligné que ce type de propos dépasse la politique pour devenir une question morale essentielle, liée à la dignité humaine. Il a rappelé que les attaques contre des infrastructures civiles sont contraires au droit international. Il a encouragé la population à faire pression sur ses dirigeants politiques pour éviter une escalade guerrière. Cette réaction directe, plus critique que la diplomatie habituelle du Vatican, a été considérée comme assez inhabituelle [NdT].

La position traditionnellement neutre du Vatican sur la gouvernance laïque a été mise à l’épreuve par les décisions unilatérales de Trump en matière de politique étrangère et par sa rhétorique incendiaire. Les dirigeants de l’Église ont publiquement remis en question la conformité des interventions militaires américaines avec la doctrine catholique sur la théorie de la guerre juste et le caractère sacré de la vie humaine. De plus, les politiques d’immigration intransigeantes de l’administration Trump contredisent directement le message papal qui met l’accent sur l’accueil des migrants et des réfugiés.

La confrontation entre le Pentagone et le cardinal Pierre en janvier témoigne d’une volonté sans précédent de la part des responsables de Trump de faire pression sur les institutions religieuses pour qu’elles s’alignent sur les objectifs de l’administration. Cela représente un tournant potentiel : là où la courtoisie diplomatique régissait autrefois les relations entre l’État et l’Église, la coercition pourrait désormais remplacer la négociation. Le refus du Vatican de participer à la célébration du 250e anniversaire souligne que même l’institution religieuse la plus éminente des États-Unis ne compromettra pas son autorité morale pour des raisons de convenance politique.

* Cet article a été diffusé par le site Alternet, le 8 avril 2026.

Adam Lynch est un reporter freelance.

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