Les milliardaires de la tech et l’OPA de Trump sur le Groenland

par | 25 Jan. 2026 | Danemark, États-Unis, Groenland, Impérialismes, International, Libertarianisme

🕒 24 minutes

Les oligarques de la Silicon Valley, tels Peter Thiel et Marc Andreessen ont beaucoup à gagner de la mainmise de Donald Trump sur le Groenland, à la fois comme source de minéraux rares pour alimenter le boom de l’IA et comme site pour un « crypto-État » libertarien.

Le président Donald Trump a entamé son second mandat en jetant son dévolu sur le Groenland. Lorsqu’il avait proposé pour la première fois d’acheter cette nation arctique au cours de son premier mandat, cela avait été pris pour une plaisanterie. Mais lors d’un appel téléphonique, la semaine dernière, avec le Premier ministre danois, qui contrôle la politique étrangère de ce territoire autonome, le président US a redoublé d’efforts pour s’emparer du pouvoir sur cette île.

Au cours d’une conversation « agressive et conflictuelle », il a menacé d’imposer des droits de douane s’il n’obtenait pas gain de cause. Lors d’une conférence de presse, au début du mois, il a également refusé d’exclure le recours à la force militaire. Aujourd’hui, le Danemark le prend au sérieux : lundi 12 janvier, ce dernier a annoncé un engagement militaire supplémentaire de 2 milliards de dollars dans l’Arctique.

Les magnats de la tech et le Groenland

Bien que l’île ne soit pas à vendre, le président a souligné l’importance du Groenland pour la sécurité nationale des États-Unis. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’une prise de contrôle par les États-Unis pourrait affaiblir les régulations minières du pays et la prohibition de la propriété privée, ce qui favoriserait les projets des donateurs de Trump visant à tirer profit des gisements minéraux de l’île et à construire une ville technologique libertarienne.

Trump, qui a résumé sa propre politique en matière de ressources naturelles par « forez, forez, forez », aborderait probablement les ressources naturelles de l’île de manière très différente du gouvernement actuel du Groenland, qui s’est opposé aux grands projets d’extraction.

En 2019, l’ambassadeur de Trump au Danemark et au Groenland avait visité un grand projet d’exploitation minière de terres rares sur l’île, peu avant que le président ne lance ses premiers appels à l’achat du pays. L’opposition à cette mine a permis au parti politique de gauche, Inuit Ataqatigiit [communauté du peuple, d’orientation socialiste, 21,6% des suffrages en 2025, NDT], d’accéder au pouvoir deux ans plus tard, ce qui a mis fin à ce projet et interdit toute exploitation pétrolière future.

La nouvelle intention du président de s’emparer du Groenland a relancé les débats sur la souveraineté du pays, alors que celui-ci est confronté à un choix difficile entre opportunités économiques et indépendance vis-à-vis du Danemark. Avec le recul de ses glaciers, le pays est également confronté à des transformations climatiques radicales qui menacent les industries traditionnelles, telles que la pêche et la chasse, et exposent de précieuses ressources minérales.

Ces changements ont suscité l’intérêt d’acteurs puissants associés à Trump. Les magnats de la technologie présents au premier rang lors de son investiture, tels que Mark Zuckerberg et Jeff Bezos, sont également investisseurs dans une start-up qui vise à exploiter l’ouest du Groenland pour en extraire des matériaux essentiels au boom de l’intelligence artificielle. Cette société, KoBold Metals, utilise l’intelligence artificielle pour localiser et extraire des minéraux rares. Son algorithme propriétaire analyse les études géologiques financées par le gouvernement et d’autres données afin de localiser des gisements importants. Le programme a identifié la côte accidentée du sud-ouest du Groenland, où la société détient désormais une participation de 51 % dans le projet Disko-Nuussuaq, à la recherche de minéraux tels que le cuivre.

Deux semaines seulement avant que certains de ses investisseurs ne se réjouissent lors des célébrations au Capitole, KoBold Metals a levé 537 millions de dollars lors de son dernier tour de table, portant sa valorisation à près de 3 milliards de dollars. Parmi les contributeurs figure une importante société de capital-risque fondée par Marc Andreessen, un entrepreneur pionnier de la Silicon Valley. Il a participé à façonner les politiques technologiques de l’administration, entre autres comme consultant au sein du département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) de Trump, en tant que « stagiaire non rémunéré » autoproclamé.

 

Une nouvelle frontière

« Nous croyons dans l’aventure », a écrit Andreessen dans un long manifeste publié en 2023, dans lequel il exposait ses critiques à l’égard du gouvernement centralisé et appelait les technologues à prendre le contrôle, à « se rebeller contre le statu quo, à explorer des territoires inconnus, à vaincre des dragons et à ramener le butin à notre communauté ». Connie Chan, associée gérante de sa société de capital-risque Andreessen Horowitz, est répertoriée comme directrice de KoBold dans le dossier déposé auprès de la Securities and Exchange Commission en 2022.

Outre KoBold, Andreessen a également soutenu d’autres entreprises qui s’intéressent à ce pays arctique : il est un investisseur important dans Praxis Nation, un projet visant à utiliser le Groenland pour établir un « crypto-État », une communauté autonome et expérimentale fondée sur des idéaux libertariens et des technologies telles que la cryptomonnaie.

Cette entreprise est également financée en partie par Pronomos Capital, un groupe de capital-risque fondé par le petit-fils de l’économiste Milton Friedman et financé par des personnalités libertariennes, tel Peter Thiel, dont la famille aurait géré une mine d’uranium en Namibie. Pronomos vise à créer des villes privées favorables aux entreprises, comme Praxis, souvent dans des pays en développement où les investisseurs pourraient rédiger leurs propres lois et réglementations.

Ces « broligarques » ont désormais l’oreille du président. Thiel a été un fervent partisan de Trump, il lui a apporté des millions de dollars tout au long de sa carrière politique et lui a présenté l’actuel vice-président, J. D. Vance.

Un broligarque désigne de façon critique et ironique un oligarque moderne, souvent très riche, issu de la tech, de la finance ou du capital-risque, qui affiche une culture “bro” (jeune, masculine, décontractée, parfois arrogante) tout en exerçant une forte influence économique et politique.

Plus remarquable encore, en décembre, Trump a annoncé la nomination du partenaire de Thiel, Ken Howery, au poste d’ambassadeur du Danemark. Il affichait ainsi clairement ses intentions : « Les États-Unis d’Amérique estiment que la propriété et le contrôle du Groenland sont une nécessité absolue », a-t-il écrit sur TruthSocial, sa plateforme de médias sociaux.

Le Premier ministre du Groenland, Múte Egede, a catégoriquement rejeté cette idée, répondant sur Facebook : « Le Groenland nous appartient. Nous ne sommes pas à vendre et ne le serons jamais. Nous ne devons pas perdre notre longue lutte pour la liberté. »

Uranium et métaux rares

Depuis des siècles, la lutte pour le contrôle du Groenland tourne autour de ses ressources naturelles. Ce pays recouvert de glace fait partie du Danemark depuis 1721, date à laquelle une expédition missionnaire financée par des marchands a cherché à répandre le christianisme parmi la population inuite et à étendre les routes commerciales et de chasse à la baleine.

Le Groenland a obtenu son autonomie du Danemark en 1979, mais les Danois ont continué à contrôler ses relations étrangères et sa défense, permettant aux États-Unis d’y construire et d’y exploiter des bases militaires. Lors d’un référendum organisé en 2008, les Groenlandais ont voté en faveur d’une plus grande indépendance, leur permettant de prendre le contrôle de leurs ressources naturelles ainsi que d’autres fonctions étatiques.

La même année, l’US Geological Survey a découvert que le pays possédait l’une des plus grandes réserves potentielles de pétrole et de gaz au monde. Des estimations plus récentes suggèrent que l’Arctique pourrait détenir 13 % des réserves mondiales de pétrole non découvertes et 30 % de ses réserves de gaz naturel non découvertes.

Le rapport a attiré l’attention des grandes compagnies pétrolières, telles que ConocoPhillips, Chevron et BP, qui ont commencé à acquérir des licences d’exploration et à mener des études autour du Groenland et de ses zones offshores.

Mais produire du pétrole dans des conditions aussi extrêmes est difficile et coûteux en raison des frais de transport élevés et des contraintes infrastructurelles. ExxonMobil, par exemple, a retiré sa demande en 2013, car la tendance à la baisse des prix du pétrole rendait la poursuite du développement économiquement irréalisable.

Lorsque le Siumut, un parti politique indépendantiste [parti social-démocrate, membre de l’Internationale socialiste, NDT], est arrivé au pouvoir au début de cette année-là, sa dirigeante, Aleqa Hammond, a déclaré que le pays allait plutôt se tourner vers l’extraction minière, affirmant : « Si nous voulons une plus grande autonomie vis-à-vis du Danemark, nous devons la financer nous-mêmes. Cela signifie trouver de nouvelles sources de revenus. »

En 2014, le gouvernement a annoncé un plan national de quatre ans visant à créer « de nouvelles sources de revenus et d’emplois dans le domaine des activités liées aux ressources minérales ».

Échec d’un projet d’extraction d’uranium

Cependant, comme les vastes gisements minéraux du Groenland contiennent souvent de l’uranium, l’industrie minière en plein essor est rapidement entrée en conflit avec la politique stricte du Danemark contre l’extraction de matières radioactives. Le Danemark a choisi de ne pas développer l’énergie nucléaire dans les années 1980 et dispose d’une réglementation relativement stricte en matière de protection contre les rayonnements ionisants.

L’une des mesures prises par le gouvernement dirigé par le Siumut en 2014 a été de proposer un projet de loi qui aurait limité l’accès du public aux informations environnementales et aux processus décisionnels liés à l’extraction minière. Il a également révisé à la baisse les normes environnementales pour l’exploitation minière de l’uranium.

Le projet de loi n’a pas été adopté, mais avec le soutien du Siumut, un projet international visant à extraire de l’uranium et des métaux rares a obtenu une approbation préliminaire. La société australienne Greenland Minerals (aujourd’hui Energy Transition Minerals) a obtenu le soutien de la société chinoise Shenghe Resources Holdings et a invité Carla Sands, l’ambassadrice de Trump au Groenland, à visiter le site en juillet 2019.

Le mois suivant, Trump a annoncé qu’il souhaitait acheter l’île, comparant cette transaction à « une importante opération immobilière ».

Ancienne chiropraticienne et actrice de soap opera, Carla Sands, travaille désormais pour l’America First Policy Institute, un groupe de réflexion conservateur qui s’intéresse notamment au renforcement des chaînes d’approvisionnement minier des États-Unis, parmi d’autres enjeux nationalistes.

Le projet minier d’Energy Transition Minerals a suscité une vive controverse : les inquiétudes concernant son impact potentiel sur les industries de la pêche et l’approvisionnement alimentaire ont conduit le parti Siumut à perdre le pouvoir en 2021, après plusieurs décennies à la tête du gouvernement. « Il existe une dialectique générationnelle », explique Barry Zellen, chercheur senior en sécurité arctique à l’Institute of the North, entre les mouvements prodéveloppement et prosubsistance « qui ont tendance à osciller comme un pendule ».

Lorsque le parti Inuit Ataqatigiit, plus à gauche, a pris le pouvoir, il a rapidement adopté une loi rétablissant les restrictions par rapport à l’uranium, révoquant les permis d’Energy Transition Minerals et interdisant toute future exploration pétrolière et gazière.

« Le prix de l’extraction pétrolière est trop élevé », a écrit le parti dans un communiqué à l’époque. « Cette décision repose sur des calculs économiques, mais les considérations relatives à l’impact sur le climat et l’environnement jouent également un rôle central dans cette décision. »

« Je suis allé au Groenland pour essayer de l’acheter »

Ce sont précisément ces mesures de protection environnementale que Trump souhaite supprimer dans le secteur minier américain. Dès son premier jour au pouvoir, l’une de ses nombreuses ordonnances exécutives demandait aux responsables gouvernementaux de supprimer les « charges excessives » qui pèsent sur l’industrie, afin que les États-Unis puissent devenir « le premier producteur et transformateur de minéraux non combustibles, y compris les minéraux rares ».

La volonté de contrôler ce pays arctique intervient alors que des investisseurs fortunés comme Andreessen ont été attirés par des start-ups espérant créer des enclaves expérimentales, séduits par la promesse d’une liberté totale vis-à-vis des contraintes gouvernementales.

Des propositions pour de tels crypto-États ont vu le jour au Honduras, au Nigeria, aux îles Marshall et au Panama, ce dernier pays ayant récemment fait l’objet d’une proposition de prise de contrôle par la force militaire de la part de Trump. Si chacun de ces concepts semble légèrement différent, l’argumentaire de vente inclut souvent le remplacement des taxes et des réglementations par la cryptomonnaie et la blockchain.

Ces rêves utopiques ont conduit Praxis au Groenland, souvent imaginé à tort comme une frontière inhabitée. « Je suis allé au Groenland pour essayer de l’acheter » a posté Dryden Brown, fondateur de Praxis, sur X en novembre, précisant qu’il s’était intéressé à l’île « lorsque Trump avait proposé de l’acheter en 2019 ». Une fois à Nuuk, il a appris que le pays cherchait depuis longtemps à obtenir son indépendance du Danemark et que de nombreux Groenlandais soutenaient la souveraineté, même si le pays reste dépendant du Danemark pour son soutien financier. Il reçoit actuellement 500 millions de dollars par an en subventions danoises, ce qui représente 20 % de son économie.

« Ils ne veulent pas être “achetés” », a découvert tardivement M. Brown, concluant : « Il y a ici une opportunité évidente ». Il a proposé que les impôts d’une ville gérée de manière indépendante, comme Praxis, puissent contribuer à remplacer les subventions danoises.

Le Groenland, cependant, n’autorise pas la propriété privée, un arrangement qui, historiquement, a donné aux communautés une plus grande voix au chapitre pour déterminer comment et si ses ressources naturelles doivent être exploitées — et qui pourrait s’avérer problématique pour l’utopie envisagée par Brown. Mais cela pourrait peut-être changer sous un nouveau gouvernement.

Lundi, en réponse à un message faisant référence aux « projets de Trump liés au Groenland », le compte officiel X de Praxis — dont la biographie indique « Nous sommes destinés à plus » sous une version du drapeau hallucinogène de l’entreprise — s’est vanté d’un « nouvel état post-étatique dans le Grand Nord ».

La « nation » start-up a levé 525 millions de dollars, bien que Brown, qui a abandonné ses études à l’université de New York et a été licencié de son dernier emploi dans un fonds spéculatif, n’ait pas donné beaucoup de détails sur le site web de Praxis concernant son projet pour le Groenland. (Ses précédentes tentatives pour construire une ville quelque part en Méditerranée sont également restées vagues jusqu’à présent, au-delà d’un guide de marque axé sur les « normes de beauté traditionnelles européennes/occidentales » et le recrutement d’employés dans le domaine technologique avec des « filles sexy »). Mais les projets d’autres magnats de la technologie pour l’île sont plus concrets.

« Il s’agit de minéraux essentiels »

Le Groenland se réchauffe à un rythme beaucoup plus rapide que le reste de la planète, ce qui entraîne un recul rapide de ses glaciers. À mesure que la glace recule, ces précieux gisements deviennent plus accessibles. Une enquête de la Commission européenne réalisée en 2023 a révélé que le Groenland possède vingt-cinq des trente-quatre minéraux classés comme matières premières critiques, c’est-à-dire des ressources essentielles à la transition énergétique verte, mais qui présentent un risque élevé de perturbation des chaînes d’approvisionnement. Le pays possède certains des plus grands gisements de nickel et de cobalt au monde, et ses réserves minérales sont presque équivalentes à celles des États-Unis.

Cette richesse en ressources a attiré l’attention d’entreprises telles que KoBold Metals, dont les investisseurs de la Silicon Valley ont tout intérêt à fournir des matériaux à l’industrie technologique.

KoBold se positionne comme un fournisseur de solutions essentielles pour lutter contre le changement climatique, en facilitant la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre grâce à la fourniture des matériaux nécessaires à la fabrication de batteries et d’autres technologies renouvelables. L’entreprise a salué le recours du président Joe Biden à la loi sur la production de défense pour encourager l’exploitation minière en 2022, ainsi que les mesures de la loi sur la réduction de l’inflation visant à subventionner l’exploitation minière internationale des minéraux rares.

Au Groenland, les licences d’exploration de KoBold Metals se concentrent sur la recherche de nickel, de cuivre, de cobalt et de minéraux du groupe du platine, des matériaux importants pour l’énergie verte, mais aussi pour la croissance rapide des centres de données.

Jusqu’à présent, KoBold s’est principalement consacré au développement d’une mine de cuivre en Zambie, la plus grande découverte de ce type depuis un siècle. Le cuivre est un matériau essentiel à la construction des centres de données et joue un rôle crucial dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle. L’essor de l’IA devrait presque doubler la demande en cuivre d’ici 2050. « Nous avons investi dans KoBold », a déclaré Sam Altman, directeur général d’OpenAI, afin de « trouver de nouveaux gisements ».

Son projet en Zambie s’inscrit également dans une lutte de pouvoir mondiale, l’administration Biden ayant soutenu le développement d’une voie ferrée pour transporter les métaux de la région vers un port en Angola. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large des États-Unis pour contrer la présence croissante de la Chine en Afrique en proposant des investissements comme alternative à son initiative Belt and Road Initiative, un programme commercial et infrastructurel.

Le directeur général de KoBold préfère toutefois se concentrer sur le lithium. « La croissance [de la demande en lithium] est tout simplement stupéfiante », a déclaré Kurt House, PDG de KoBold, lors d’une présentation à Stanford en 2023. « Il faudrait multiplier par 30 la production mondiale. » L’un des endroits vers lesquels les États-Unis pourraient se tourner pour s’approvisionner en ce minerai essentiel est le Groenland, où des gisements prometteurs ont récemment été découverts.

« Tout le monde veut du lithium » en raison de son rôle dans la fabrication des batteries, explique Majken D. Poulsen, géologue au Service géologique du Danemark et du Groenland. Elle précise que la première exploration de lithium au Groenland a été menée l’été dernier en collaboration avec le département d’État américain. Sous Biden, l’agence a également aidé le pays à rédiger une loi sur les investissements miniers, visant à encourager les investissements au Groenland.

Bien que le ton soit très différent, les fanfaronnades de Trump sur le Groenland partagent des objectifs similaires. Charlie Byrd, gestionnaire d’investissements chez Cordiant Capital, une société mondiale de gestion d’actifs, fait partie des nombreux investisseurs qui espèrent désormais que la stratégie du président aboutira à des changements politiques plus favorables aux investissements étrangers. « Il ne fait aucun doute que cela conduirait à une plus grande implication des institutions et à des investissements plus stratégiques », a-t-il déclaré cette semaine au magazine spécialisé Institutional Investor.

Cet intérêt s’explique en grande partie par les tensions avec la Chine, qui représente actuellement environ 70 % de l’extraction mondiale de terres rares et 90 % de leur transformation. Cela confère à la puissance asiatique un énorme pouvoir sur les chaînes d’approvisionnement technologiques mondiales.

Le contrôle des minéraux qui alimentent la technologie est devenu une forme majeure de soft power qui tire les ficelles invisibles des marchés mondiaux et façonnant les alliances. Cela fait des réglementations minières au Groenland un enjeu géopolitique majeur.

Aujourd’hui, « les réglementations du gouvernement du Groenland sont assez strictes », explique Mme Poulsen, du Service géologique. « Elles sont vraiment très strictes », ajoute-t-elle, et prennent en compte des considérations environnementales et sociales, telles « les avantages locaux, les impôts, la main-d’œuvre locale, les entreprises locales [et] l’éducation ».

Michael Waltz, le nouveau conseiller à la sécurité nationale de Trump, a semblé confirmer que l’accès aux minéraux du pays suscitait l’intérêt de Trump. « Il s’agit de minéraux essentiels, il s’agit de ressources naturelles », a-t-il déclaré à Fox News.

 

« On ne peut pas donner un nom à une terre »

Les glaciers se profilaient à travers le hublot du cockpit du Trump Force One tandis que la côte du Groenland se déroulait derrière une figurine à tête branlante du quarante-septième président, sa coiffure bouffante en plastique se balançant dans les turbulences. Descendant dans l’air vif et raréfié, l’avion a conduit Donald Trump Jr à Nuuk, la capitale de l’île, début janvier, avec le message de son père : nous avons l’intention de prendre le contrôle.

Cette opération coup de poing, qui consistait notamment à soudoyer des personnes pour qu’elles participent à des séances photo, n’a pas réussi à convaincre beaucoup de Groenlandais, explique Inuuteq Kriegel, un habitant de Nuuk. « Nous ne voulons pas être américains. Nous ne voulons pas être danois. Nous sommes Groenlandais », a-t-il déclaré.

Une semaine après le voyage de Trump Jr, le représentant Andy Ogles (Rép. du Tennessee) a présenté le projet de loi « Make Greenland Great Again Act », demandant au Congrès de soutenir les négociations de Trump avec le Danemark en vue d’acquérir immédiatement le Groenland. (Ogles fait actuellement l’objet d’une enquête du FBI concernant ses déclarations financières de campagne et a annoncé la semaine dernière un amendement qui permettrait à Trump de se présenter pour un troisième mandat).

« Cela peut sembler fou, et on pourrait se demander : “Pourquoi vouloir le Groenland ?” », a déclaré Ogles dans une vidéo récente. Il s’adressait à Kuno Fencker, membre du Parlement groenlandais représentant le parti Siumut [originellement membre du Parti nationaliste conservateur Naleraq, il adhère au Parti social-démocrate Siumut en 2020, puis retourne au Parti conservateur en 2025, NDT] , qui s’était rendu à Washington, DC. « Votre intérêt en matière de sécurité est notre intérêt en matière de sécurité », a déclaré Ogles à Fencker. « Notre capacité à tirer le meilleur parti de vos minéraux, de vos ressources et de vos richesses, au profit de votre peuple et du nôtre — est dans notre intérêt. »

Fencker, qui affirme que les taxes et les redevances provenant des minéraux et des combustibles fossiles de l’île pourraient ouvrir la voie à l’indépendance de celle-ci, a répondu :

« Nous disposons d’autres ressources considérables, comme le pétrole et le gaz, mais cela a été stoppé par le gouvernement actuel. Cependant, mon opinion personnelle est que nous devons exploiter ces ressources. »

Le voyage de Fencker aux États-Unis a suscité une controverse locale. En règle générale, les négociations internationales du Groenland nécessitent la coordination et l’approbation du Danemark ; imaginez quelqu’un comme la représentante, Marjorie Taylor Greene (Rép. de Géorgie), décidant de son propre chef de négocier avec l’Union européenne sans l’approbation du Congrès. Le parti de Fencker a déclaré qu’il n’était pas autorisé à discuter des affaires étrangères du Groenland, tandis que Fencker a défendu son voyage comme une mission privée à ses propres frais.

La nature malhonnête des récents développements a été renforcée par une couverture médiatique grandiloquente. Au Groenland, Kriegel affirme que les journalistes étrangers « s’adressent souvent aux personnes les plus bruyantes — et souvent aux mêmes personnes — et qu’ils peuvent généraliser à l’ensemble d’une population en ne parlant qu’à quelques-uns ». Ses propres réseaux sociaux sont profondément mal à l’aise avec les tentatives de Trump d’acheter le pays.

L’empressement de Trump et de ses donateurs du secteur technologique à s’emparer du Groenland, au mépris de la culture et des lois existantes, est « représentatif d’une vision coloniale et extractive particulière », écrit Anne Merrild Hansen, professeure de sciences sociales et d’études sur le pétrole et le gaz dans l’Arctique à l’université du Groenland. Cette approche considère les terres et les ressources comme des marchandises à revendiquer, sans tenir compte des droits ou des intérêts des personnes qui y vivent.

Toute cette agitation malvenue a toutefois permis d’apporter un changement : selon M. Kriegel, le pays est désormais uni dans sa volonté de trouver un moyen de devenir indépendant du Danemark, même si aucun accord n’a encore été trouvé sur la manière d’y parvenir.

« On ne peut pas donner un nom à une terre, dit-il. La terre appartient au peuple. Elle fait partie de nous, et nous en faisons partie. »

* Cet article a été publié sur le site en ligne The Lever, le 14 janvier 2026. Titre, intertitres, illustrations et traduction de Marx21.ch.

Lois Parshley est une journaliste d’investigation primée. Ses reportages variés ont été publiés dans le New Yorker,Harper’s, le New York Times, Businessweek, National Geographic, etc.

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