Au second tour des élections présidentielles portugaises, le dimanche 8 février, António José Seguro, ancien secrétaire général du Parti socialiste, a obtenu à peu près le double des voix d’André Ventura, le président du parti d’extrême droite Chega : 66,82 % contre 33,18 %, soit 3 482 481 voix contre 1 729 381. Les inondations n’ont pas fait grimper l’abstention (49,89 %), même s’il y a huit cercles électoraux correspondant aux mairies qui, totalement ou partiellement, ont dû remettre le vote au dimanche prochain, le 15 février.
Extrême droite battue
Seguro n’a été devancé par Ventura que dans deux cercles électoraux sur les 300 qui ont mené le scrutin à terme, alors qu’au premier tour, il y a trois semaines, si le candidat socialiste avait déjà recueilli le plus grand nombre de suffrages, celui de l’extrême droite était arrivé en tête dans 60 cercles électoraux. Ventura en a donc perdu 58.

Pendant la nuit électorale du premier tour, les quatre candidates et candidats de gauche — celle du Bloc de gauche, Catarina Martins, le communiste, António Filipe, le représentant du centre gauche, Jorge Pinto, et le syndicaliste, André Pestana — avaient tout de suite appelé au vote pour Seguro au second tour. En revanche, les trois candidats de droite — le libéral progouvernemental, Marques Mendes, le libéral à la Milei, Joao Cotrim, l’amiral Gouveia e Melo — avaient refusé de donner une consigne de vote.
Pourtant, au cours de la semaine suivante, les candidats de droite ont dû se rendre à l’évidence que leurs troupes — électorat, activistes de campagne et même simples carriéristes, qui les avaient accompagnés jusque-là — déclaraient massivement leur soutien à la candidature de Seguro. Confrontés à cette réalité, ils ont dû vaincre leur réticence à soutenir l’ancien dirigeant du PS, à l’exception de Cotrim, qui, dans un lapsus, a même admis publiquement la possibilité de voter pour Ventura. L’obstination du Premier ministre, Luís Montenegro, à refuser de soutenir Seguro au deuxième tour a ainsi affaibli sa position.
Socialisme absent
La nette victoire de Seguro sur Ventura n’autorise cependant aucune euphorie. En fait, il faut tenir compte de l’ascension fulgurante de ce dernier depuis l’élection législative de 2019, où il avait été élu comme seul député de son parti avec 67 826 voix seulement (1,29 % des suffrages). Sept ans plus tard, Chega est devenu le deuxième parti du parlement et son candidat aux présidentielles a battu de très loin les autres candidats de la droite, y compris celui du gouvernement. En plus, au deuxième tour, il peut aujourd’hui revendiquer un pourcentage de voix supérieur à celui qui a fait élire le gouvernement minoritaire de la droite conservatrice et, de ce fait, lui disputer le rôle de principal dirigeant de la droite.
À la différence de l’électorat qui a donné la victoire à Seguro, Ventura peut légitimement prétendre que ses suffrages lui appartiennent, que ses électrices et électeurs voulaient positivement qu’il devienne le président du pays et qu’ils-elles appuyaient sans ambiguïté son programme raciste et xénophobe, sa volonté de limiter les droits des travailleurs·euses, sa permissivité à l’égard des violences policières, son mépris pour la séparation des pouvoirs, ses propos violents à l’égard de ses adversaires politiques… En bref, un programme « contre le système ». Pendant la campagne, Ventura a lancé qu’il faudrait aujourd’hui « trois Salazar » pour venir à bout de la corruption, une formule qui lui a été largement reprochée.
Élu par défaut
Par contre, les voix qui se sont portées sur la candidature de Seguro venaient soit de gens de gauche qui le méprisaient pour son évidente lâcheté politique, soit d’électrices et d’électeurs conservateurs modérés. C’est l’épouvantail du fascisme qui a attiré les suffrages vers Seguro, en aucun cas son charisme, sa clarté politique, encore moins son programme social. Ses voix ne lui appartiennent pas. Ce sont avant tout des voix contre Ventura.
À cela, il faut ajouter que la droite a nettement gagné les élections législatives de mai 2025 et les élections communales d’octobre 2025. Même le succès spectaculaire de la grève générale du 11 décembre n’a opéré aucun tournant à gauche de l’électorat.

Ceci a été clairement attesté par les résultats du premier tour des élections présidentielles:
Résultats du premier tour

C’est donc un électorat à dominante conservatrice, mais hostile aux fascistes, qui a opté pour Seguro, assuré qu’il ne représentait en aucune façon une alternative socialiste. La campagne démagogique de Ventura, qui appelait à un vote unanime de la droite contre « le socialisme », n’a réussi à tromper personne.
En fait, il suffisait d’écouter le discours de Seguro pour réaliser à quel point Ventura mentait. Le candidat « socialiste » ne cessait de nier avec véhémence sa présentation comme candidat de gauche, et il se faisait fort de ne rien dire sur des questions décisives, comme la centaine de lois anti-ouvrières proposées par le gouvernement, la grève générale du 11 décembre, le génocide en Palestine ou l’agression états-unienne au Venezuela.
La victoire de Seguro marque avant tout le refus d’un tournant profasciste au Portugal, qui justifiait même de voter pour une éminente médiocrité comme lui.

